De l’odeur des noirs…origine d’un cliché.

Posté par le 13 septembre 2013. inséré dans A la Une, Races et minorites.

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Vous souvenez-vous de cette image d’un joueur blanc se tenant le nez et agitant l’autre main signifiant à un joueur noir qu’il sentait mauvais ? Et le discours de Jacques Chirac en juin 1991 évoquant « le bruit et l’odeur »des immigrés africains, l’avez-vous encore en mémoire ? Sans doute. De tels faits ne s’oublient pas aisément. Savez-vous que ces dérapages relatifs à l’odeur des Noirs tirent leur origine d’une réalité historique ? Oui, avant d’alimenter les préjugés dans une désolante continuité, la mauvaise odeur attachée à l’homme noir est née à un moment précis de l’histoire de l’humanité, mais bien malgré lui.

Vous vous demandez quand et comment ? Eh bien, cette idée que les Noirs sentent mauvais est née avec la traite négrière ! Mais avant d’être attachée définitivement à l’homme noir par extrapolation, la mauvaise odeur était d’abord spécifiquement attachée à la traite atlantique et par voie de conséquence à tous les ports négriers. Aussi, lit-on dans « Le négrier, histoire d’une vie » de Lino Novàs Calvo que « Recife (…), premier port négrier du Brésil, comme tous les ports négriers, puait. » La peinture que cet écrivain fait du port de Nantes est édifiante : « Le fleuve était peuplé de navires négriers qui entraient et sortaient. Nantes ne voyait pas la traite, mais les bateaux revenaient imprégnés de cette puanteur spéciale. Sur le fleuve, on ne respirait pas d’autre air. C’était là le premier port négrier de France. » L’auteur ne dit pas autre chose de Liverpool et de son fleuve, même quand les Anglais avaient aboli l’esclavage : « Liverpool reste négrière (et) la Mersey empestait aussi la traite ».

Les choses sont claires : les esclaves ne transitaient ni par Nantes ni par Liverpool, mais les bateaux qui les avaient convoyés en Amérique en revenaient imprégnés de la puanteur de ce trafic. Mais pourquoi donc ? Certes, tout le monde a fait l’expérience de sentir une pièce se charger d’une forte odeur humaine désagréable après un long séjour en groupe. Mais il s’agit toujours de séjours jamais trop longs dans des murs en briques ou en béton. Régulièrement aérée, la pièce perd vite cette odeur parfois nauséabonde. Vous rappelant cette expérience, imaginez cinq cents ou six cents personnes rangées comme des cuillères ou des sardines, chaque face collée dans le dos du voisin, vivant pendant quatre ou cinq semaines dans une cale d’où ils ne sortent que le temps de se dégourdir les jambes. Joignez à cela le fait que ces captifs passaient la presque totalité du temps du voyage dans des murs en bois qui s’imprègnent naturellement du milieu dans lequel ils baignent, et vous avez presque tout compris. Il ne vous reste plus qu’à imaginer la vie des captifs durant la traversée de l’Atlantique pour comprendre pourquoi les bateaux négriers gardaient des exhalaisons fétides même quand les esclaves n’y étaient plus.

Bien sûr, le souci de chaque négrier était de perdre le moins de captifs possible. Malheureusement, les pertes étaient nombreuses. Excessives même, quand les maladies s’en mêlaient : « Les plaintes montaient par les écoutilles comme d’un enfer, c’était des cris follets comme s’ils passaient sur les ossements d’un cimetière… De temps à autre, un corps était jeté à la mer. »(« Le négrier, roman d’une vie ») A votre avis, où, quand et comment les esclaves faisaient-ils leurs besoins naturels dans les conditions décrites plus haut ? En laissant faire votre imagination, vous devinez la suite. « Les conditions de détention sont exécrables, l’entrepont insalubre, l’hygiène déplorable, la promiscuité épouvantable, la nourriture…on en perd bien un sur dix… voire deux sur dix ». (« Noir négoce« , Olivier Merle, p. 221). Et quand, pris en chasse par les pirates ou les croiseurs abolitionnistes le bateau négrier passait plus de temps que prévu sur les mers, « les Noirs attendaient parfois très longtemps dans la cale et quand on les en sortaient, ils étaient morts, malades ou n’avaient plus que la peau sur les os ». (« Le Négrier, roman d’une vie ») Voilà la triste réalité qui imprégnait le bois des navires !

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Aussi, une fois arrivés à destination, avant d’être vendus, « les esclaves Noirs (étaient) parfumés, c’est-à-dire revivifiés ». Chaque fois, c’était la même mise en scène et le même spectacle : on voyait « une armée de Noirs entièrement nus que les marins arrosaient avec des manches. […] Avant la douche, on les avait rasés de la tête aux pieds. Attachés deux par deux par les bras et portant des fers aux pieds, ils formaient des files entre lesquelles les marins circulaient en les aspergeant. Les nègres criaient, palabraient, hurlaient. » Puis les marins« lavaient les (bateaux) négriers avec des manches à eau. Une fois les esclaves déchargés, c’était la façon d’effacer des navires le souvenir du voyage. […] Les marins appelaient ce moment la confession du négrier : après, il pouvait pécher de nouveau. » (« Le Négrier, roman d’une vie », p.66).

Telle est la vérité historique née d’une situation particulière qui a nourri des préjugés qui n’ont rien à voir avec la nature des Noirs ou leur manque d’hygiène. D’ailleurs, sur le manque d’hygiène, les Noirs de leur côté accusent les Blancs de tous les maux. Ils disent d’eux qu’ils ont une odeur de cadavre. Mais cela n’a aucune explication historique et tient purement du préjugé. Par contre, une chose est certaine : avant les années 70, beaucoup d’étudiants africains avaient perdu leur logement pour cause de douches trop fréquentes. Ils avaient conclu que les Blancs ne se lavent pas souvent.

Pour terminer, une question : savez-vous pourquoi c’est en Europe et particulièrement en France que le parfum a acquis ses lettres de noblesse au XVIIè et au XVIIIè siècles ? Le manque d’hygiène ayant alors beaucoup reculé, l’amélioration des procédés de distillation s’était imposée et a fait du parfum le produit essentiel pour cacher les mauvaises odeurs des corps et des vêtements. En clair, moins les Blancs étaient propres, plus ils se parfumaient !

Raphaël ADJOBI

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5 Commentaires pour “De l’odeur des noirs…origine d’un cliché.”

  1. UserPat (3 Commentaires)

    Autre origine de la puanteur des bateaux négriers, à mon avis : la peur. deux fois dans ma vie j’ai senti cette odeur extrêmement particulière, la sueur de la peur froide et intense, distincte entre mille. c’était terrifiant, l’une des 2 fois, celui qui la générais était a 10m de moi, menacé par un pistolet, et je sentais à cette distance sa peur absolue. Ces bateaux de torture devaient suinter cette odeur aussi. Merci à travers cet article de nous rappeler les errements de l’histoire.

  2. Tex (1 Commentaires)

    Pourtant les mauvaises odeurs de mes camarades de classes angolais dans ma jeunesse et celles que je sens à chaque fois qu’un africain passe prêt de moi dans les transports en commun ne vienne pas d’esclave mais bien de gens qui n’ont aucun sens de l’hygiène, le manque d’hygiène des africains est surtout le résultat de problème lié à leurs cultures et à un manque de remise en question comme en témoigne votre analyse d’ailleurs, d’ailleurs on remarquera que c’est surtout les africains chrétiens ou autres qui puent et ne se lave pas, les africains musulmans (religion où les règles d’hygiène sont très stricte) et les noirs américain sont eux aussi hygiénique que les occidentaux ou autres peuples car ils ont reçu l’éducation nécessaire, le problème de l’hygiène en Afrique et des africains relèvent de la culture des africains non musulmans qui ne prête aucune attention au faite de se laver, c’est effectivement dans ces régions que les épidémies les plus graves se développe encore aujourd’hui, des Maladies disparurent du monde civilisé depuis des dizaines d’années mais qui perdure dans ces régions africaines, rien à voir avec la couleur de peau ou un passé d’esclave mais le soucis est bien culturelle.

    • Africangirl (1 Commentaires)

      Tex, tu dois être un de ces petits leucos racistes qui croient que les occidentaux sont supérieurs aux africains. Tu dois penser que tes ancêtres européens sont arrivés en Afrique et ils ont trouvé des petits nègres qui vivaient dans des cases en crottes séchées et qui étaient habillés de feuilles de palmiers. Bien sûr en européens qui se respectent, ils ont décidé de les civiliser, c’est pour ça qu’ils nous ont mis esclavage et qu’ils nous ont colonisés. Avec les afro-américains et les antillais vous avez réussis à les éduquer mais avec nous les africains non, on est resté sauvage puisque c’est dans notre nature. C’est ça hein ! Tu nous parles de culture mais t’y connais rien à la culture africaine, seulement tes clichés racistes de sale blanc frustré de la vie. Les africains sont très sains et propres, ils se lavent tous les jours c’est dans notre culture, pas comme vous là. Et oui, j’en ai déjà vu des français sales comme des porcs, qui puent et qui disent ne pas se laver tous les jours parce que ça leur abîmerait le peau. Et puis tu parles aussi maladies qui existent encore en Afrique mais qui ont disparu dans tes « pays civilisés » cite-les moi stp, j’aimerais bien savoir. Quant aux épidémies les plus graves, il y a des maladies que les européens ont introduites volontairement comme la syphilis et le sida pour nous éliminer. Et après vous venez vous présenter comme des sauveurs de l’Afrique qui lui donne son argent avec vos fausses organisations comme l’ONU. Je sais pas ce que tu viens foutre sur un site consacré avant tout aux noirs avec ta négrophobie qui pue à 2 km. T’a sûrement rien d’intéressant à faire dans ta vie alors tu viens nous faire chier. Sérieusement dégage parce que des gens cons comme toi on n’en veut pas. Tu fais vraiment pitié.

    • axel (1 Commentaires)

      Ça sent le racisme à distance

  3. Colibri (1 Commentaires)

    En quoi ce court texte remet-il en cause l’idée que les noirs dégageraient une odeur qui serait propre à leur groupe ethnique ? Au contraire, vous citez un passage d’un livre « Négrier, Histoire d’une vie » qui tend à accréditer cet état de fait, je cite : « les bateaux revenaient imprégnés de cette puanteur spéciale » : S’il ne s’agissait que d’une odeur de transpiration mêlée à la fermentation de matières fécales, l’auteur n’emploierait pas ce mot « spéciale ». Puis, surtout, c’est méconnaitre qu’à cette époque il était commun que de tels odeurs se répandent en ville du fait de la promiscuité et de l’infinie pauvreté des logis ainsi que de l’hygiène qui lassait fortement à désirer (pour rappel à Paris, et dans toutes les grandes villes, l’on jetait par-dessus les fenêtres les excréments et autres immondices qui s’amoncelaient dans les ruelles…). Ensuite, que cet odeur soit d’avantage désagréable que l’odeur d’un autre groupe ethnique, c’est selon le goût de chacun, mais nier cette évidence je n’en vois pas l’intérêt. Cela montre une volonté délibérée de vouloir cacher une vérité en vue de nous faire croire que l’espèce humaine serait indivisible dans tous ses aspects malgré l’évidente pluralité de groupes humains que celle-ci recouvre.

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