Cette black-geoisie dans laquelle je ne me reconnais pas

Depuis la polémique suscitée par le fameux article du magazine « Elle » il y a quelques mois, une nouvelle expression a fait son apparition dans les salons de discussion afro : la black-geoisie. Néologisme issu de la contraction des termes « black » et « bourgeoisie », la black-geoisie constitue une nouvelle classe de noirs jouissant d’un certain confort financier, leaders d’opinions et créateurs de tendances. Désignant l’élite française issue de l’immigration africaine et caribéenne, elle désigne essentiellement les immigrés et/ou leurs enfants qui ont relativement réussi leur vie professionnelle et sont bien intégrés. Des modèles d’assimilation en quelque sorte!

Si à priori on ne peut que se réjouir de l’émergence d’une classe moyenne noire capable de faire entendre sa voix, il serait aussi temps de s’interroger sur la direction qu’est en train de prendre une frange de cette soi-disant élite noire. Car oui, l’apparition d’une bourgeoisie noire fait naître également une espèce de bourgeois-nègre aux caractéristiques particulière et qui me tape sur le système :

– Le gout pour le luxe et un intérêt marqué pour les choses futiles et mondaines

C’est peut être du à mon éducation? Je me pose toujours la question. Car il se trouve que n’ai jamais compris ce désir irrémédiable chez certain de n’exister qu’à travers les vêtements de marque, le dernier joujou high-tech… Ah oui! Le black-geois avant d’être black, est avant tout un bourgeois. C’est à dire un beau spécimen de mouton consumériste qui adore se faire tondre par tous les spécialistes du marketing. Il (ou elle) connait tous les grands couturiers et créateurs de mode, suit toutes les collections été-printemps-hiver-automne de ses marques favorites, ne fréquente que les restos les plus chics et les boites les plus branchées, se vante de connaitre 15 variétés de vins et de champagnes différents.

– Le sentiment de supériorité

Le black-geois est d’abords un fils ou une fille à papa. Plus snob tu meurs. Ayant eu la chance de naitre dans le bon utérus (encore que c’est relatif), il tend à reproduire le comportement de sa classe sociale/intellectuelle qu’il juge souvent supérieure. Il a appris  le violon, écoute du Mozart, joue au golf ou au tennis, s’exprime comme un académicien français; et se croit supérieurs à ceux qui jouent de la Sanza, écoutent du Zouk et papotent en lingala ou en créole. Ils sentent tellement bien à Londres, Paris, New York,  qu’ils finissent par s’y sentir comme chez eux, et adoptent la même vision condescendante de leurs origines que leur copain d’école blanc qui n’a jamais quitté l’Europe. Il n’est pas rare de les entendre dire à quel point l’Afrique (où ils sont souvent pourtant nés) c’est sale, moche, tout  pourri et plein de crevards. Crevards qu’ils regardent avec condescendance tellement ils les plaignent. D’ailleurs quand ils vont en Afrique, c’est pour rester cloîtrés comme des expatriés blancs H24 dans les villa ultrasécurisées des quartiers huppés de Douala, Abidjan ou Dakar, tellement ils se sentent en insécurité dehors. Vous les entendrez alors se plaindre de l’ennui au bout de trois jour. (Tu m’étonnes!) bah ouais! « l’Afrique c’est nul! Il n’y a pas de métro, y a pas de Taxi individuel. Le réseau 3G c’est de la merde. Je ne peux même pas me ballader avec ma veste Burberry ou mon sac à main Dior. En plus, y a même pas de boite de nuit branchée ni de centre commercial. »

Au final, je garde mes distances avec la black-geoisie pour la simple raison que bien que je considère comme faisant partie de ce qu’on peut appeler l’élite, je ne me suis jamais senti appartenir à cette espèce de caste d’individus enfermés dans leur minuscule microcosme, aussi bien en occident qu’en Afrique. Sankara avait raison. Les masses populaires en Europe n’ont jamais été opposées aux masses populaires en Afrique ou ailleurs. La lutte des classes est plus universelle que jamais. Partout dans le monde, de New York à Paris, de Mumbai à Johannesburg, la situation est la même. Les Ghettos du Bronx, les bidonvilles de Mumbay, les cités d’ile-de-France, les favelas de Rio, les townships de Soweto, les élobis de Yaoundé font face aux même défis. Et cette blackgeoisie émergente n’est que la déclinaison noire de ces 1% d’individus combattus par les mouvements des indignés à travers l’occident.

Au final, je suis très heureux de ma vie, et je me considère extrêmement chanceux d’être né dans un famille prolétaire, d’avoir appris à lire et à me cultiver, et de pouvoir avoir le minimum vital. Au moins, je me sens capable de vivre à l’aise aussi bien parmi les Bochimans du Kalahari qu’au milieu des petits bourgeois de Upper East Side à Manhattan.

Neo

I'm just a African Entrepreneur, Economist & Businessman. My personal mission statement: build an empire, aspire to inspire, leave a legacy, and change the world.

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