Interview : Une toubab à Dakar

Mais qui est donc cette toubab?

Elle s’appelle Aleyna, elle a 30 ans. Elle a quitté sa Moselle, en embarquant mari et enfants pour une grande « aventure » : s’installer au Sénégal. Elle décide d’écrire un blog : « une toubab à Dakar » où elle nous fait part de ses impressions et ses sentiments.

Prêt pour le décollage? Bienvenue sur Air Angazamag, aujourd’hui on embarque pour Dakar! Aleyna a accepté de se confier à nous!

 Comment as tu rencontré ton mari ?

J’ai rencontré mon mari dans un bar/restaurant où je passais la soirée avec ma meilleure amie. Je l’ai percuté de plein fouet en quittant la piste de danse que je fuyais pour ne pas être accostée et scotchée pour une séance de zouk. J’ai tout de même fini par danser avec lui!

Pourquoi avoir quitté la France pour aller vivre à Dakar?

Mon mari et moi nous nous sommes rendus compte que les choses n’avançaient pas en France nous n’avions pas de bonnes perspectives d’avenir. Malgré nos diplômes nous n’arrivions pas à trouver du travail. Mon mari enchaînait les petits boulots et moi les entretiens sans que cela ne se concrétise.

Au Sénégal, mon mari avait des opportunités, des relations à exploiter dans le domaine de l’architecture et du bâtiment. C’était maintenant ou jamais, c’était l’occasion de saisir notre chance.

Es-tu musulmane? T’es-tu convertie par rapport à ton mari?

Je suis musulmane, convertie depuis un peu plus de quinze ans, donc bien avant de rencontrer mon mari. Cette « rencontre » avec l’Islam s’est faite avec la famille de ma meilleure amie d’origine turque au moment du lycée , quand on se cherche encore. Une véritable révélation.

Tes enfants se sont-ils bien adaptés? Quelles difficultés rencontrent-ils?

Je pense que ce sont les enfants qui se sont le mieux adaptés ici, le petit lors de notre arrivée avait seulement 6 mois , c’est comme s’il était né ici.

Le grand qui a 8 ans et demi à notre grande surprise s’est adapté à vitesse grand V, il est devenu vite très autonome : il prend le bus, mange à la cantine, va à la boutique du quartier, au marché tout seul. Ce qui ne serait pas possible en France même dans notre petit village de Moselle.

Je m’attendais à ce qu’il se renferme sur lui-même mais au contraire il s’est tout de suite trouvé dans son élément et s’épanouit ici de jour en jour.

Tu as donc quitté la Moselle, quelle a été la réaction de ta famille? Est-ce qu’il te manque?Quels sont tes rapports avec eux aujourd’hui?

Ça a été un grand choc pour ma grand-mère qui m’a élevée surtout. Ma famille me manque énormément , j’ai toujours été très proche d’eux. Nous essayons de palier à ce manque grâce à internet et ma précieuse webcam!! J’essaye d’avoir de leurs nouvelles le plus souvent possible, même si ce n’est pas toujours évident. La distance malgré tout nous éloigne peu à peu, ce n’est plus la même relation que quand je débarquais boire le café le matin chez eux pour bavarder! Quoi qu’on en dise , Loin des yeux , loin du cœur.

Serais-tu prête à quitter Dakar pour revenir en France ?

Bizarrement, même si je ne cache pas que mon adaptation est très difficile pour moi, je ne serais pas prête à revenir en arrière. Je considérerais ça comme un énorme échec, et le froid Lorrain à vrai dire ne me manque pas des masses !!

Il faut toujours essayer d’aller de l’avant même si pour l’instant ce sont des mots que je n’arrive pas à appliquer à moi-même.

Encouragerais-tu d’autres personnes à faire le même choix que toi?

Je conseillerais surtout aux personnes désireuses de venir vivre ici, de bien ficeler leur projet avant et de prendre conscience des réalités de la vie ici. C’est totalement différent de la vie française, on peut adorer ou détester!

Est-ce que certaines personnes ont tentés de vous décourager? Qui a pris la décision de partir? Ton mari t’a t-il soutenu ou a t-il douté de ce choix?

On m’a carrément prise pour une folle , comment pouvais-je aller me perdre à l’autre bout du monde!! Les gens voient l’Afrique comme un grand safari, où règne misère, guerre, maladies etc…Même si on ne me l’a pas toujours dit, j’ai vraiment ressenti que certaines personnes pensaient que c’était déraisonnable, que j’allais mettre mes enfants en danger!

Pour ce qui est de la décision, nous l’avons prise en commun. Je savais dès le soir de notre rencontre que mon mari ne ferait pas sa vie en France. Deux solutions s’offraient à moi , fuir ou accepter.

Mon mari avait peur que je ne prenne cette décision à la légère et que je ne regrette ensuite , c’est encore le cas aujourd’hui car mon « intégration » au Sénégal prend plus de temps que ce que l’on pensait, mais il me soutient énormément.

Tu parles de nombreuses fois des préjugés qu’ont les blancs sur les africains…Pensais-tu comme ça avant? Votre couple a t-il beaucoup souffert de ces préjugés?

Je côtoie des Africains depuis une bonne dizaine d’années et d’autant que je me souvienne j’ai toujours vu ces regards insistants, entendu ces remarques les unes plus intelligentes que les autres, mais bizarrement je crois que parce que j’ai trouvé l’homme de ma vie et que je suis sereine dans notre relation, ça ne me fait plus autant souffrir même si ça m’agace encore parfois.

Par exemple, le fait qu’on puisse penser que mon mari est avec moi pour obtenir des papiers, il est français , né en France alors les gens peuvent bien penser ce qu’ils veulent çà ne m’atteint pas, par contre qu’on prenne mon mari pour mon chauffeur ici , ça m’agace !

Tu nous confies tes doutes sur ton départ, y’avait-il quelqu’un pour te rassurer? Que ressens-tu aujourd’hui quand tu repenses à cette période?

Mon mari essentiellement m’a beaucoup rassurée, sa famille et quelques uns de ses amis également ont tenté de me rassurer en répondant à mes questions, et en me racontant le Sénégal.

Je me dis en repensant à cette période que certains de mes doutes étaient justifiés, un nouvel environnement aussi différent est difficile à apprivoiser !

Cependant sur certains points comme l’adaptation de mon ainé , je me suis rongé les sangs pour rien .Comme quoi on ne peut jamais prévoir ce qu’il va se passer quand on fait le grand saut dans l’inconnu.

Comment as tu été accueilli à Dakar? Comment s’est passé le choc des cultures?

J’ai été accueilli à bras ouvert par toute la famille et les amis de mon mari.

Je n’ai pas ressenti un grand choc des cultures au début, c’est quand même la capitale, donc la vie y est très urbaine, taxi /boulot/dodo!!

J’ai surtout ressenti un grand choc thermique!!

Mais trêve de plaisanterie, ce n’est qu’au bout de quelques semaines que je me suis rendu compte de la différence de culture, de la nonchalance qui règne ici par exemple.

Jusqu’à aujourd’hui, qu’est-ce qui te déroute à Dakar? Qu’est-ce que tu apprécies par dessus tout?

Ce qui déroutera toujours ici , c’est le fossé qui existe entre les riches et les pauvres comme si il n’y avait pas de catégorie intermédiaire, un 4X4 dernier cri croise une charrette tirée par un cheval si maigre qu’on peut compter ses côtes! une superbe villa se construit à quelques centaines de mètres de maisons en ruine.

Ce que j’apprécie le plus ici, c’est le fait que Dakar soit cernée par la mer, j’aime m’y ressourcer et me vider l’esprit. Et pour les enfants la plage quasiment toute l’année, c’est que du bon!

La cuisine africaine, tu gères?

Bien sur que je gère!! non sans blague, je sais préparer, du mafé et du yassa ,des fatayas ,mais çà s’était bien avant de venir nous installer ici. Il faut que je m’y mette sérieusement pour apprendre à préparer un bon tiep bou dienn.

Avec ta belle famille, ça se passe comment?

Tout se passe très bien avec eux, nous nous réunissons devant un bon tiep bou dienn chaque vendredi après la prière, c’est l’occasion pour les enfants de voir leur grands-parents et le reste de la famille!!

T’es tu fait des ami(e)s?

Je suis assez proche des amis de mon mari, mais je n’ai pas encore réellement eu le temps de me faire mes « propres » amis, on va dire car avec 3 enfants pour se déplacer et faire des rencontres, c’est assez difficile!

Est-il vraiment nécessaire d’apprendre le wolof?

Même si pour se faire comprendre il n’est absolument pas nécessaire de parler Wolof vu que la langue nationale est le français, je dirais qu’il faut le parler ne serait-ce que pour s’intégrer. Mais faites comme je dis et pas comme je fais , car j’avoue que mon niveau de wolof décolle difficilement du ras des pâquerettes!!

Et au niveau des papiers (sécu, banque), comment ça s’est passé?

Avant le départ nous avons du résilier tout nos abonnements, assurances, etc. Nous avons du fournir tout un tas de justificatifs et rédiger une bonne vingtaine de lettres à envoyer avec accusé de réception. Il a fallu prévenir certains organismes de notre départ, CAF, sécu etc. C’était long et fastidieux à faire,et tout était à recommencer en sens inverse au Sénégal!

Avez-vous trouvé du travail?

Pour ma part ayant découvert ma grossesse très peu de temps après notre arrivée, je n’ai pas encore réellement commencé mes recherches. Mon mari lui avait déjà son travail d’assuré avant notre départ, il était venu préparer notre arrivée quelques semaines plus tôt.

Tu as accouché d’une ravissante petite fille à Dakar, comment l’accouchement s’est-il déroulé?

Plutôt bien, malgré mes craintes, très différent de mes deux accouchements en France, les sages-femmes sont beaucoup moins aux petits soins avec les futures mamans, j’étais plus livrée à moi-même. Heureusement j’avais décidé de rester le plus possible à la maison, je n’ai donc passé que quelques heures à la clinique.

Pourquoi un blog et pas un livre?

Au départ j’ai ouvert ce blog pour que ma famille puisse suivre notre vie ici, avec photo à l’appui, puis je me suis rendu compte que ça ne servait à rien car il m’était plus facile d’envoyer les photos par mail ou via Facebook.

Le blog étant ouvert j’ai eu envie de faire partager mes sentiments avant notre départ, notre aventure n’étant pas si ordinaire que çà, et je me suis prise au jeu , j’ai trouvé mon ton, ma façon d’écrire, et je me suis prise à rêver que cela devienne plus qu’un blog.

Ça fait longtemps que je ressens l’envie d’écrire, ignorant toutefois le sujet et le support, c’est maintenant devenu plus précis et j’ai l’utopie de croire qu’un jour on verra la Toubab de Dakar sur les étals des libraires!!

Pour suivre l’actualité de la Toubab :

c-verynn

Séverine. Martiniquaise de 25ans titulaire d'un baccalauréat littéraire et d'une licence en communication, elle est amoureuse des langues étrangères, de lecture, et passionnée par le Brésil. Elle blogue sur le quotidien des femmes noires de sa génération...

Une pensée sur “Interview : Une toubab à Dakar

  • 30 juillet 2012 à 12 h 18 min
    Permalink

    Un charter pour l’ectoplasme siouplaît ou mieux un retour à la nage ?

    Non, je rigole ^ ^

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