To do (or not) list pour préserver l’image de la femme noire

Posté par le 18 juin 2011. inséré dans Mode / Beauté.

Bonjour Lecteurs d’Angazamag,

Vous le savez désormais si vous avez lu « Black Girl in da city » : parmi les femmes noires se « cachent » une minorité de phénomènes de foire armés de leggings fluo et d’extensions capillaires douteuses. J’écris « se cachent » entre guillemets parce qu’en réalité elles sont loin d’être discrètes (les rituels niafous sont assez bruyants et les jeans slim T.38 sur une femme qui fait une taille au-dessus ne manqueront pas d’attirer l’attention) au point où elles sont quasiment considérées comme un phénomène de société à part entière. On ne compte plus le nombre de groupes facebook et d’articles de blogueurs consacrés aux niafous, aux Rihanna Traoré et aux Beyonce Coulibaly. Et bien des lecteurs me l’ont demandé : et les noires « normales » dans tout cela ?

Avant de continuer, faisons une expérience simple : prenons un sujet A et un sujet B et plaçons-les côte à côte sur une scène devant un public. Le sujet A est un œuf dur. Le sujet B est Lady Gaga déguisée en rouleau de papier toilette en pleine action avec Barack Obama sur un piano à queue. D’après vous, combien de personnes devant un tel spectacle s’étonneront « Oh, un œuf dur » ? Bref, cette comparaison totalement inappropriée me sert à expliquer pourquoi la plupart des gens bloquent plus sur les niafous et les autres femmes suspectes que sur les femmes noires, les vraies, les bonnes, celles qui sentent bon le patchouli.

C’est ainsi qu’à plusieurs reprises mes collègues blancs fraîchement débarqués de la campagne se posaient mille et unes questions sur les noir(e)s qu’ils rencontraient : les plus naïfs qui se demandent comment mes cheveux ont fait pour pousser aussi vite quand je les recroise quelques jours après la pose de mes rajouts ; ceux qui s’interrogent en regardant les niafous : « C’est une mode venue d’Afrique ? Parce que j’ai vu le reportage sur les sapeurs dans Envoyé Spécial, c’est peut-être une variante ! » ; et puis ceux qui ont déjà une sale image des noires mais qui préfèrent ne rien dire pour ne pas être vexants. Ou alors le disent anonymement sur Internet.

Bref les « ambassadrices » des jeunes filles noires au quotidien sont celles que l’on remarque le plus, et rarement pour les bonnes raisons. C’est le propre du cliché que voulez-vous…

On a donc le choix entre deux solutions : organiser un niafoucide ou réussir à les surpasser en terme de visibilité. J’ai déjà envoyé une lettre au Président de la République pour le niafoucide mais il ne m’a jamais répondu. Nous devrons donc nous contenter de la deuxième solution, à savoir comment recréer une nouvelle image de marque à la femme noire. Une image plus flatteuse, plus vraie, meilleure, qui sent bon le patchouli.

Dans le meilleur des cas toutes les noires suivent le mouvement, on en met plein la vue à toute la population, le monde entier voudra notre corps et nous aurons des monuments érigés à notre honneur. Dans le pire des cas je serai la seule à suivre le mouvement et je surprendrai peut-être certaines personnes qui se diront « Elle est très ‘Insérer-un-adjectif-valorisant’ pour une noire ! Peut-être que toutes les noires ne sont pas si ‘Insérer-un-adjectif-dévalorisant’ après tout… » Chacune peut en faire un peu à son échelle, m’voyez ?

DO – Exhiber vos vrais cheveux

« Mais en fait vous les noirs vous n’avez pas vraiment de cheveux ? » m’a demandé très sérieusement un collègue, surpris de constater que le peu de noires qu’il connaissait portaient de faux cheveux. Et c’est vrai que celles qui enchaînent les extensions et les tissages n’aident pas à lutter contre cette idée reçue. De toute façon dans l’idéal, si vous ne voulez pas devenir chauve prématurément et devoir ruser comme Donald Trump, vous devez attendre un minimum de deux semaines entre deux poses d’extensions/rajouts/tissages le temps de requinquer votre cuir chevelu.

 

La honte serieux

Quel homme rusé ce Donald Trump. On ne voit même plus sa calvitie !

 

Pendant cette période, exhibez votre chevelure. Si vous n’êtes pas défrisées c’est encore plus varié : autant avec les cheveux défrisés vous ne pourrez jamais avoir d’afro, autant avec des cheveux crépus et un bon lisseur vous pouvez avoir (ponctuellement) les cheveux lisses. Faites tourner les coiffures : tresses simples, vanilles, tresses plates…  Le plus efficace dans notre cas c’est le fameux Big Ass Afro. Pour l’avoir testé un jour avec deux amies voici les réactions les plus fréquentes :

– Tout le monde s’est retourné/a arrêté de travailler/se sont interrompues dans leur marche pour regarder nos têtes, médusés.

– Cinq personnes fascinées nous ont demandé si c’étaient des perruques

–  Deux personnes nous ont appelé les « Jackson Three » et les « Afro Girls »

–  Globalement les gens étaient positivement surpris, pas mal de mes collègues ont trouvé ça « trop cool », sauf ceux qui étaient derrière nous dans la salle de projection (« Mais on voit rien làààà ! »).

–  Une personne m’a confié qu’en nous voyant cela lui redonnait envie de big-chopper.

Erykah Badu
Le BAA est donc super efficace pour neutraliser le pouvoir vampirique des niafous : dès que vous en voyez une à Gare du Nord, hop vous foncez vous mettre à côté et tout le monde ne verra plus que vous ! Dans ce cas, la niaf’ sera bien dégoûtée et se moquera peut-être de votre coiffure pour se venger. Ne l’écoutez pas : la rage l’habite. Le plus étonnant c’est que ce sont souvent les autres noires elles-mêmes les plus sceptiques vis-à-vis des cheveux naturels.

 

DON’T – Gâter vos cheveux et devoir porter des extensions à l’année.

 

J’ai une petite pensée pour celles :

– qui sont défrisées depuis des années et qui continuent à faire n’importe quoi : redéfrisent les parties déjà défrisées, laisser poser trop longtemps, font une coloration le lendemain…

–  qui démêlent leurs cheveux bien crépus avec un peigne fin pour cheveux lisses et qui du coup s’en arrachent la moitié

–  qui serrent trop les rajouts ou abusent des extensions et qui du coup se retrouvent avec une alopécie façon Mickey Mouse… qu’elles sont obligées de cacher avec d’autres extensions.

Mesdemoiselles, l’Internet peut vous aider. Lâchez vos tissages et vos shampooings « Activilong », j’ai des liens pour vous.

 

DON’T – Les extensions et tissages grillés à quinze kilomètres.

 

Jennifer Hudson

Alors oui je sais, les extensions de star c’est cher, ce qui explique pourquoi certaines se rabattent sur des versions en plastoc à vingt euros (que certaines garderont six mois dans le pire des cas pour rentabiliser). Ces tissages ayant une durée de vie très réduite, cela revient finalement au même de racheter cinquante fois son tissage flingué plutôt que d’en acheter un seul réutilisable (les fameux tissages naturels) mais plus cher. Bref si vous n’avez pas l’argent pour le moment, profitez-en pour faire une pause capillaire le temps de réunir les sous : arrêtez les extensions et soignez vos cheveux.

 

DO – Le style en couleur

 

Mesdemoiselles, nous entrons dans le fer de lance de notre combat : le style vestimentaire. En effet il va être très difficile de rivaliser en terme de visibilité avec ceci :
olaniaf

C’est pourquoi il va falloir passer en mode « go stylée » ! Adieu les looks grisailles, dites bonjour aux couleurs vives. Le Color Block est à la mode depuis cette année mais c’est loin d’être une nouveauté : c’est le simple fait de porter un ou plusieurs vêtements de couleurs unies. Or il y a des teintes qui nous vont particulièrement bien, les voici. Par contre il y a certains bleu (par exemple le turquoise) qu’il vaut mieux éviter, question de complémentarité des couleurs.

Color Block

 

Le Color Block a tout de même quelques règles de base, la seule à garder en tête c’est celle du trois couleurs grand maximum, deux c’est mieux, le noir et le blanc ne comptent pas. Les autres règles trop rigides (pas de motifs…), on oublie. Ainsi avec vos couleurs qui pètent le feu tout en étant stylée, les gens s’écrieront à votre passage « Quelle femme de goût ! ». Si si c’est vrai.

 

DO – Cette jeune femme a la classe.


DO – Deux couleurs, du noir du blanc, parfait.


DON’T – Voilà, qu’est ce que je disais à propos du turquoise ?


DON’T – Je… Il ne faut pas faire ça mademoiselle. Rentrez chez vous s’il vous plaît.

 

DO – Le style en noir et blanc

 

Si vous n’aimez pas trop la sappe en technicolor, vous pouvez toujours faire la go stylée en noir et blanc. Par contre niveau vêtements il va falloir sortir le grand jeu : soit des uniformes classes (style « preppy« , garçon de café…), soit des vêtements grandiloquents à la limite du déguisement. Car si vos vêtements ne se distinguent pas par leur couleur il faut au moins qu’ils le soient par leur coupe. Amusez-vous avec les vêtements contrastés : une chemise blanche à col noir, une jupe noire à ourlets blancs, des chaussures à talons transparents, l’originalité prévaut.

 


DO – Janelle maitrise le noir et blanc


DO – Le legging bicolore, Betty a osé !

Rock
DON’T – Trop ordinaire, ça ne fait pas le poids face à une niafou…


DON’T – Je rappelle que l’objectif n’est pas d’être ridicule…

 

DON’T – Le « cheap »

 

Certaines filles ont beau être habillées de luxe de la tête aux pieds, elles donnent toujours l’impression de s’être sapées au marché du coin. A l’inverse des filles qui s’habillent chez H&M et Kiabi arrivent à avoir l’air classe, si bien qu’on est étonnées quand elles nous disent où elles ont trouvé tel ou tel vêtement. Ca, mesdemoiselles, ça s’appelle le style. Ces jeunes filles arrivent à trouver des perles là où à priori il y a surtout des vêtements mal coupés, savent ce qui leur va et ce qui ne leur va pas, peuvent dissocier le sexy du vulgaire.

 

Voici en exclusivité, pour vous lectrices d’Angazamag les 10 commandements de la « go stylée ».

1- Le vêtement doit bien tomber, quasi mouler sans serrer. Si c’est trop grand ou trop serré on zappe, même si c’est une super bonne affaire.

2- Faites attention au tissu : les chemisiers trop fins aux tissus tout pourraves et froissés de Saint-Denis on passe.

3- Evidemment on évite aussi le vêtement plié, froissé, où il manque des boutons, tâché, déchiré, brûlé, avec l’antivol dessus…

4- Jamais de décolleté et de mini-jupe/mini-short/robe courte en même temps, sauf si vous voulez serrer cette nuit en soirée Zouk.

5- Bannir la contrefaçon, les t-shirts imprimés haute couture c’est un peu comme les strings Chanel : ça n’existe pas.

6- Le confort va rarement avec le style : le complet-veston vs. le survêtement, les talons hauts vs. les chaussons Mickey… Il faut souffrir pour être belle, désolée.

7- Renoncer à porter des choses qui ne vont pas avec sa morphologie. Les mannequins sont des « porte-manteaux » : les vêtements n’ont pas à être adaptés à leurs formes vu qu’elles n’en ont pas. Mais rappelez-vous que vous avez des seins et des fesses.

8-  Eviter le banal : le sempiternel t-shirt blanc + slim gris, le débardeur noir + jean bleu, c’est très bien un jour où on a la flemme mais le reste du temps on est une go stylé ou on ne l’est pas ! La banalité c’est le mal, on a une image à réhabiliter là !

9- Investissez dans quelques belles pièces. Pas besoin d’avoir un dressing blindé pour être classe, preuve en est la nouvelle lubie des blogueuses mode : l’ascétique DeadFleurette et son dressing minimaliste mais parfait. En plus les soldes arrivent, vous n’avez même pas d’excuse.

10- Assumez ce que vous portez ! Les filles qui mettent un legging sous leur jupe parce qu’elles ont peur qu’on puisse voir dessous = raté. Même chose pour celles qui attachent leur pull autour de leur taille pour cacher leurs fesses ou qui portent un gilet fermé pour cacher leur décolleté.

 


DO – Un mix ColorBlock + Noir. Réussi

.
DO – Plus le décolleté est large, plus la robe s’allonge

DO – Là c’est de la modeuse de haut niveau. Et pourtant c’était risqué !

 


DON’T – Le bleu qui ruine tout. Tant d’argent dépensé pour avoir l’air de porter du toc, misère…

EPIC
DON’T – Au moins elle a tenté le Color Block.

FAIL
DON’T – Mais vous y êtes presque.

 

DON’T – Les mauvaises manières

Je ne vous ferai pas l’affront de vous expliquer en quoi bien se conduire en public améliore considérablement l’image de soi. Donc non aux Banaa Danger à l’extérieur (mais chez soi pour une soirée pyjama pourquoi pas), aux conservations hurlées dans les transports façon « daronne qui téléphone au bled » et autres attitudes irritantes. Évitez aussi de faire de la magie noire sur vos collègues de bureau et de décapiter votre mère avec un sabre de samouraï.

Voilà mesdemoiselles, mesdames (peut-être messieurs aussi), la révolution est en marche. Comme le dit Beyonce les Girls vont Run the World habillées en guerrières modeuses déchaînées qui sentent bon le patchouli. L’incarnation du DO en somme.

P.S. En bonus, l’incarnation du DON’T :

…Et du DO :

AUTEUR: Irène M.
Irène M. a publié 3 articles sur Angazamag. Voir tous ses articles.
Le profil de Irène M. | Son blog | Twitter | Facebook

Abonnez-vous et Recevez chaque nouvel article par mail!

6 Commentaires pour “To do (or not) list pour préserver l’image de la femme noire”

  1. Neo (110 Commentaires)

    Superbe article que je plussoie à 100%…
    … sauf le dernier paragraphe sur Beyonce qui à mes yeux n’incarne pas vraiment le « DO ». Comme je le disais dans un précédent article, Je suis d’avis que le dernier tube de B. est un bel exemple d’hypocrisie. A moins que la cible de son message ne soit pas celle à laquelle je pense.

  2. Irène M. (32 Commentaires)

    Beyonce n’est pas vraiment le DO ultime, je l’ai surtout cité pour son côté flamboyant. Imaginez Beyoncé et sa troupe en train de « run the world » dans le RER D tous les soirs à 18H. Nul doute que ça changerait l’image de la femme noire.
    D’ailleurs pour que Beyonce soit le DO ultime il faudrait déjà qu’on fasse la découverte de ses vrais cheveux, ce qui n’a pas l’air d’être au programme…

  3. Kwanzaa Millenium (19 Commentaires)

    Vous avez oublié en Don’t la dépigmentation de la peau, c’est la pratique la plus affreuse.

  4. Eiyen (1 Commentaires)

    C’est chaud de devoir défendre ses idées, mais il faut admettre que l’article sur les clichés est vraiment limite car il faut vraiment avoir un énorme recul pour voir que c’est de la dérision.
    Mais j’ai apprécié la plume sur les deux articles, je pense que le do or don’t manque de publicité.

    Et moi je retiens surtout que tu es restée ferme et à aucun moment tu n’as pliée face à toute l’effervescence, alors je salue avec un chapeau bien bas.

  5. Alice (10 Commentaires)

    Pour ceux qui voulaient savoir comment est la femme noire en bleu de dos :

    http://album.aufeminin.com/album/see_659060_8/Parcours-de-femmes.html

    Moi, je me demande d’où viennent ces photos…

Répondre

Déjà membre? Se connecter avant de commenter.

Pas encore membre? Pourquoi ne pas vous inscrire afin de vous joindre à d'autres et mieux participer aux discussions sur AngazaMag (facultatif).

Rejoignez la communauté Angazamag

Participez à l’aventure Angazamag

Les mieux notés

Galerie photo

Videos

TOP CONTRIBUTEURS CE MOIS

2 commentaires
Thomas legros
1 comment
Emmanuelle
1 comment
Connexion | Conçu par Neo |