[Histoire de la femme noire et ses cheveux crépus] Episode 1 : 1400 – 1900, Le traumatisme de l’esclavage.

Posté par le 09 septembre 2010. inséré dans Mode / Beauté.

Ce qui suit ne concerne que les femmes noires en Amérique. Il est basé sur le bouquin « Hair Story » (2001) par D. Ayana Byrd et Lori L. Tharp, et résumé par la blogueuse afro-américaine Abagond. Je l’ai traduit uniquement à titre informatif (avec son aimable autorisation), pour tout ceux et celles qui comme moi s’interrogeraient sur l’histoire de la relation de la femme noire occidentale à ses cheveux crépus.

La plupart des Noirs en Amérique viennent d’Afrique sub-saharienne. Dans cette partie du monde les cheveux vont du crépu vaguement ondulé et fluide. Dans les années 1400 et 1500, il y avait toutes sortes de coiffures magnifiques. Les africaines avaient les bon type d’huiles et de peignes pour les faire. Certaines prenaient des heures, d’autre même des jours. Seuls les fous et les personnes endeuillées ne s’occupaient pas leurs cheveux.

Puis dans les années 1500 vinrent les négriers d’Europe. Une des premières choses qu’ils faisaient quand ils vous attrapaient étaient de vous couper les cheveux. Ce n’était que le début d’un long processus visant à effacer totalement votre culture et l’identité – de briser votre esprit pour vous rendre plus facile à contrôler. Les esclaves ont commencé à arriver en Amérique dans les années 1600.

Dans les années 1700,  les esclaves américains travaillaient souvent jusqu’à l’épuisement puis la mort. Ils avaient peu de temps pour les choses comme les belles coiffures africaines. Ainsi, la plupart des femmes recouvraient leurs cheveux à l’aide d’un chiffon. C’était non seulement pour cacher leurs cheveux défaits, mais parfois aussi des choses comme la teigne ou les poux. Celles qui travaillaient à l’intérieur elles pouvaient prendre soin de leurs cheveux. Pour eux, les nattes étaient courantes.

Dans les années 1800 les navires négriers cessèrent de venir d’Afrique. C’était le début de la raréfaction des esclaves. Cela signifiait que les esclaves en Amérique ne travaillaient plus si durement : leur vie valait maintenant plus ($ 1500 et plus) et il fallait donc les ménager. Ils ont commencé  à avoir leur jour de repos le dimanche. Cela a donné aux femmes le temps de s’occuper de leurs cheveux – qu’elles couvraient encore dans un chiffon au cours de la semaine, mais les exposaient le dimanche à l’église.

Mais les choses ne se sont pas redevenus comme en Afrique pour deux raisons:

  1. Le manque de produits de soins capillaires: personne en Amérique ne vendait de l’huile de palme ou les bons types de peignes. Ainsi, les femmes ont commencé à se débrouiller avec du beurre, de la graisse de bacon et d’autres graisses d’origine animale.
  2. L’idée de « beaux cheveux » : vivre dans un pays de racistes blancs faisait  les femmes noires considérer les cheveux crépus comme « mauvais » et les cheveux longs et lisse comme « bons cheveux ».  Avoir les cheveux proches de ceux du maitre blanc était signe d’évolution et par conséquent augmentait vos chances d’avoir accès à l’éducation, à de meilleurs traitements, et peut-être même à la liberté. Alors elles ont essayé de lisser leurs cheveux, même si cela voulait dire en utilisant des produits chimiques dangereux comme la soude (quelles mélangeais à des pommes de terre).

L’idée de « bons cheveux » a également été renforcé par la façon dont les esclaves noirs des maisons et ceux affranchis paraissaient : à peau claire ou métis. Ce qui signifiait qu’ils avaient les bons cheveux. Mais malgré les apparences,  leur bonne fortune n’avait rien à voir avec leur apparence physique: c’est parce qu’ils avaient des relations avec des blancs anti esclavagistes qui les ont aidés.

Après la guerre de sécession où les tous esclaves ont été libérés, l’idée des « bons cheveux » c’est renforcée contrairement à ce qu’on pourrait croire : les Noirs qui avaient été libérés avant la guerre voulaient s’accrocher à leur position au sommet de la société noire, de sorte qu’ils ont utilisé comme excuse leur peau claire – et leurs « bons cheveux ».

(A Suivre : Episode  2 : 1900 – 1965, Le triomphe du cheveu défrisé)

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8 Commentaires pour “[Histoire de la femme noire et ses cheveux crépus] Episode 1 : 1400 – 1900, Le traumatisme de l’esclavage.”

  1. DH (10 Commentaires)

    Cet article fait un focus sur les noirs et leur envie de ressembler au stéréotype blanc, celui des magazines MAIS…Pourquoi parler de ça comme d’un ilôt isolé…Qu’en est-il des asiatiques qui se débrident les yeux ???

    Il y a une réalité économique avant tout derrière tout ça. Le modèle occidental est le modèle qui est jugé par le plus grand nombre comme le plus efficace et créateur de richesse. C’est donc tout simplement pour ça que les autres ethnies et communautés essaient de le copier, des fois même à des niveaux un peu poussés à mon goût.

    Bref, se focaliser sur les noirs cache une réalité qui s’applique à un très grand nombre d’ethnies, il n’y a pas de si grande spécificité noire que cela. Il y a une spécificité économique surtout, ça c’est certain.

    Admettons que la communauté noire ait été depuis toujours la plus riche, à mon avis ce serait les autres ethnies qui se mettraient à recopier ce modèle…

    S’enfermer sur une catégorie de population permet rarement de cerner la réalité à mon sens.

  2. Neo (110 Commentaires)

    @ DH,

    Je crois avoir déjà répondu à ta question à un autre internaute. Pour fréquenter beaucoup d’asiatiques dans le cadre de mes études, je suis très au courant des débats au sein de leurs communauté sur les yeux débridés. Simplement, Je ne connais pas suffisamment la réalité des jeunes asiatiques, ni leur histoire pour me permettre d’en faire un article.

    Et contrairement à ce que tu dis, cet article ne s’inscrit pas dans une perspective d’interprétation économique, mais purement historique. Je m’adresse particulièrement aux curieux, à ceux qui s’interrogent (ou se sont déjà interrogés) sur ce phénomène. Et comme mon lectorat est majoritairement constitué de noir(e)s…

    Et pour comprendre qu’il ne s’agit pas uniquement d’une réalité économique, il suffit de constater que même au sein des hautes classes, le défrisage (ou le débridage des yeux) est largement pratiqué. Une pauvre noire qui se dénature pour évoluer socialement, ça se conçoit. Mais une multimilliardaire qui n’a besoin de rien comme Ophrah Winfrey ou Beyoncé ?

  3. DH (10 Commentaires)

    Re,

    On n’est d’accord, je voulais justement te dire que cet article traite uniquement de la vision historique des choses.Pour moi elle est juste insiffisante pour expliquer ce phénomène.

    Oui, il y a une réalité historique derrière ça mais la réalité économique est tout aussi importante si ce n’est plus. Aussi, quand je parle de réalité économique, je parle de « modèle » économique donc qui se construit sur des décennies voire des siècles. Rien de surprenant donc à voir des personnes issues d’ethnies spécifiques se défriser les cheveux aussi.

    Mes questions ouvertes sont les suivantes :

    – Penses-tu que si par exemple la communauté noire ou asiatique avait été les colons, cette envie de ressemblance se serait dirigée vers le modèle occidental ?

    – Les colons étaient mieux dotés que les colonisés économiquement à la bases il me semble donc mieux à même d’asseoir leur domination.

    Je pense qu’il faut vraiment remonter à la source et essayer de porter son attention sur tous les aspects. La Chine est un pays qui a aussi été colonisé par les britanniques. Bref, pour moi, si on doit se focaliser sur une chose pour avoir une vision cohérente du monde, ce doit être une analyse économique parce que tout est lié à cela.

  4. DH (10 Commentaires)

    « 1 personne envieuse est d’abord envieuse de la réussite d’autrui avant de porter attention à son faciès » ;).

    On aimerait avoir autant de succès et pour cela, quelque part, on intériorise qu’on doit déjà lui ressembler. Bref, on ne peut pas en vouloir à quelqu’un de vouloir réussir, après, chacun sa recette. La chose seule est d’être en phase avec soi-même :p.

  5. blackbyble (6 Commentaires)

    Article juste.

    Je te remercie d’avoir précisé que cet historique concerne les usa
    car ici, en France il y a pas mal de jeunes femmes arborant leur cheveux naturels qui confondent TOUT…

    Et tente d’appliquer cette lecture sur les femmes noires de france…
    ça devient vite du n’importe quoi.

    toutefois, je plussoie le commentaire de la personne qui stipule que cela a un fort lien économique car si pour beaucoup (in)consciement le modéle blanc est celui le plus copié c’est aussi du fait de la réussite.
    Argument aidant, dès qu’une personnalité afro est au top économique beaucoup cherche à la copier.

  6. Neo (110 Commentaires)

    Désolé pour mon absence.

    @ DH

    JE suis d’accord avec le fait que ce sont ceux qui réussissent qui sont les modèles et qu’on cherche à imiter. Effectivement, si c’était les noirs qui colonisaient les autres peuples, ces peuple là adopteraient les modèles de réussite que les noirs leur auraient transmis.

    Mais il n’y a pas que l’économie! Et je doute même que l’économie soit (du moins de nos jours) le facteur le plus important comme tu sembles l’affirmer. Deux choses me poussent à penser ceci :

    – Beyoncé, Ophrah, Michelle Obama (pour ne citer que les plus connues) se dénaturent pourtant elles ont déjà plus que réussi financièrement et qu’elle sont déjà des modèles. Il n’y a aucune raison économique là dedans.

    – Inversément, beaucoup d’autre noires ont superbement réussiet gardent toujours leurs cheveux naturels : whoopie goldberg, Lauryn Hill, Erykah Badu, Cree Summer, Jill Scott, etc…

  7. Neo (110 Commentaires)

    @blackbyble

    LE problème en France (et en Europe en général) c’est que les noirs n’ont pas une histoire commune. Il y celles nées Europe, celles néees et élevées en Afrique, celles des Antilles, des caraïbes… Ce qui rend extrêmement difficile toute tentative de comprendre les origines historiques des modes capillaires. C’est peut-être là qu’on pourrait envisager plus sérieusement le coté économique…

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