L'égalité républicaine : belle hypocrisie à la française.

Posté par le 14 avril 2012. inséré dans Europe, Politique.

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Rama Yade est présentée aujourd’hui comme la personnalité politique préférée des français. Est-ce a dire qu’elle pourrais remporter ne serait-ce que les municipales aujourd’hui? Comme beaucoup d’autres personnes, je me suis souvent posé cette question: « Pourquoi si peu de noirs dans la sphère politique française? à quand un Obama français? »

Si je reste sceptique quant à la réelle volonté du gouvernement Sarkozy, je lui reconnais au moins le mérite de crever l’abcès en provoquant le débat. S’il y’a une chose qui soit bien palpable, ce sont les chiffres, les quotas, les statistiques. Et la France dans son hypocrisie naturelle dit vouloir ignorer les statistiques ethniques car elle considère les êtres humains comme égaux. Laissez-moi rire !

Est-ce à dire que Les américains qui pratiquent les statistiques ethniques ne considèrent pas les êtres-humains comme egaux ? Eux qui ont élu, je dis bien « ELU » OBAMA à la maison blanche? et qui ont à l’heure actuelle plus de 10 000 noirs « ELUS » ? sans compter les autres fonctionnaires, hauts cadres et chefs d’entreprise ? Comment se fait-il qu’en France on en soit resté à ça? Est-ce à dire que les noirs et arabes sont juste bons à s’exciter derrière un micro ou à courir derrière un ballon de caoutchouc?

Ceux qui s’opposent à la discrimination positive, devraient comprendre une chose :
En effet, si la discrimination positive est réclamée par certains, c’est bien parce qu’il existe une discrimination négative, qui elle ne demande pas autorisation pour exister. C’est clair qu’un fils d’immigré africain et un Francais-Européens ne sont pas sur la même ligne de départ, n’ont pas les mêmes chances à compétences égales. Face à cela, les beaux discours du genre « On doit privilégier le mérite » sont inefficaces car ils supposent qu’on est dans le meilleur des mondes et prêtent de bonnes intentions aux gens qui ne les ont pas toujours.

Alors, Oui à l’Affirmative Action (le terme francophone de : discrimination positive me parait inapproprié) pour un temps, et dans des cadres précis le temps de mettre les communautés au même pieds d’égalité. Je rappelle que les américains commencent petit à petit de démanteler les lois de l’Affirmative action, maintenant que les noirs ont (à peu près) les mêmes chances que les blancs. Les choses auront vraiment évolué en France le jour où l’on aura des minorités ELUES et non pas nommées comme c’est le cas en ce moment.

Alors, oui, il faut promouvoir la diversité! Mais comment?

Si l’on sous-entend par « diversité » qu’à chaque couleur correspondrait un peuple, donc une manière d’être biologiquement repérable, je dis, dans ce cas, qu’on ne déclare pas la guerre au racisme. Alors là, on peut préparer les karchers. Certes, le gouvernement français a été obligé de bannir, grâce à un rapport providentiel, la prise en compte de tout critère de couleur pour lutter contre les inégalités. Je le dis pourtant que ce prétendu remède serait bien pire que le mal.
Il y a quelque années, à grands renforts de tintamarre médiatique, un de ces laboratoires secrets (mais repérés) où s’élabore la pensée néo-raciste nous a vomi l’idée de désigner des représentants de la «communauté noire» de France. D’abord pour faire passer en force l’idée d’une soi-disant communauté « noire».

Mais pour former une communauté, ne faut-il pas une histoire commune ? Les Afro-Américains, tous issus de l’esclavage et de la ségrégation, ont une histoire commune. Les Haïtiens qui ont aboli l’esclavage et gagné la première guerre coloniale de tous les temps ont une histoire commune. Les Antillo-Guyanais, de Martinique, de Guadeloupe, de Guyane ou de la région parisienne, issus de l’esclavage, ont une histoire commune. Les Afro-Français, les Maghrébins-Français issus de la colonisation, ont une histoire commune. Mais si on cherche à amalgamer les Afro-Français avec les Antillais sous le seul prétexte de la couleur (je ne parle même pas des immigrés qui ne sont pas français), on ne peut aboutir qu’à un renforcement des divisions et des guerres intestines.
Si des Antillais ghettoïsés dans la banlieue parisienne sont souvent dans les mêmes groupes que des Afro-Français, c’est évidemment de groupes sociaux qu’il s’agit. Pas d’un ensemble homogène fondé sur la couleur puisque dans les mêmes quartiers, dans les mêmes blocs d’immeubles, on trouvera aussi des personnes qu’on ne peut pas désigner comme «noirs». Cette tentative, appuyée par des moyens considérables, de faire croire aux Afro-Français et aux Antillais qu’ils faisaient partie de la même « communauté noire» a été habile. Je ne pense pas que Fadela Amara ( fille d’ouvrier issue d’une famille nombreuse) et Rama Yade (issue de la bourgeoisie africaine) aient beaucoup de points commun, sinon celui d’appartenir aux fameuses « minorités visibles ».

La question la plus redoutée par les politiques reste le passé esclavagiste français. On craint qu’à la place des schizophrénies coloniales entretenues par l’ignorance, l’abrutissement et le clientélisme, naisse une conscience d’être les descendants des victimes d’un crime, puisque ce statut de victime est apparu dans la seconde moitié du XXe siècle lorsque l’Occident dut enfin admettre jusqu’où le préjugé raciste pouvait conduire. On tente donc de transformer la question de l’esclavage en une « question noire » et, en mettant l’accent sur les dérives de quelques « noirs » fort opportunément racistes, de faire de tous les «noirs» des racistes plus ou moins déclarés. Des criminels en puissance, jamais des victimes. Dans le pire des cas, les prétendus « noirs » vont se battre entre eux. Il suffit de leur désigner un collaborateur notoire de la pensée raciste comme chef et l’empoignade est garantie. D’un côté des gens prêts à tout pour parvenir et bien contents d’endosser cette livrée de nègre raciste du moment que cela leur rapporte. De l’autre quelques résistants qu’on essaie de rentre fous. En donnant aux premiers tous les moyens d’exhiber leur bêtise et en faisant comme si les autres n’existaient pas, on pense avoir une chance d’y arriver.

Cette angoisse face au communautarisme étant permanente, il a bien fallu la recouvrir du voile des principes de l’égalité républicaine. Mais rien ne changera tant qu’on restera dans les ambiguïtés et qu’on persistera à utiliser des mots aussi vagues que celui de « minorités visibles» au lieu d’admettre franchement et clairement que ce qui fait l’unité de cette fameuse «diversité» c’est l’histoire. Oui, le colonialisme, l’esclavagisme déshumanisant auxquels l’Occident doit sa prospérité matérielle. Aimé Césaire n’a rien dit d’autre. Que la France ait le courage d’en convenir : cette histoire peu reluisante, qui s’est terminée dans « la merde et dans le sang» n’a rien de positif et on sera malheureusement bien obligé d’en admettre la réalité si l’on veut en finir un jour avec le racisme contemporain qui en tire son origine.
Un commissaire à la diversité ? Il a eu le mérite de tirer la sonnette d’alarme.

Si l’on veut que les jeunes des banlieues arrêtent de brûler les voitures, qu’on ne leur fasse pas miroiter que tout ira bien pour eux lorsqu’ils sortiront d’une grande école. Dans le meilleur des cas, ils ne seront que des «normaliens noirs» ou des chefs d’entreprise «issus de l’immigration».

Tant qu’on soutiendra des dictateurs et tyrans qui dans leur pays empêche l’égalité et la fraternité, donc la tranquillité et la prospérité, les jeunes continueront d’immigrer illégalement, et les voitures continueront de bruler dans les banlieues.

Tant qu’on n’adoptera pas un plan de lutte ferme contre le racisme, les voitures brûleront.

Tant qu’on n’admettra pas que la «diversité» a une histoire dont TOUS les Français peuvent être fiers, les voitures brûleront.

Tant qu’on ne proposera pas aux jeunes du 9-1, du 9-3, du 9-4 et du 9-5, d’autres héros que des sportifs, des chanteurs en slip moulant, et des présidents d’Amérique, les voitures brûleront.

Tant que la politique de «mémoire de l’esclavage» consistera au mieux, par pusillanimité, à tenter d’étouffer l’affaire, au pire, par esprit de provocation, à multiplier les cérémonies coloniales, les voitures brûleront.

Et le fait de promouvoir à la va vite deux ou trois « minorités » de plus au nom de la «diversité» n’y changera rien. Bien au contraire.

J’appelle les décideurs à faire enfin preuve d’un peu de lucidité et de courage avant que les banlieues ne s’enflamment de nouveau, suivies encore, cette fois, par une partie de l’outre mer. L’aveuglement a rendu la situation explosive.

En tout cas, meilleurs vœux à tous ! Y compris aux racistes auxquels je souhaite de devenir moins bêtes en 2010.

I'm just a African Entrepreneur, Economist & Businessman. My personal mission statement: build an empire, aspire to inspire, leave a legacy, and change the world.
AUTEUR: Neo
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