L’affaire Trayvon Martin : le meurtre d’un adolescent noir de 17ans qui émeut l’Amérique

Posté par le 21 mars 2012. inséré dans A la Une, Amérique et Caraibes, News.

« Il a dit que Tray était mort. »

Voilà comment Sybrina Fulton, la voix pleine de douleur, m’a dit qu’elle a appris que son fils de 17ans, Trayvon Martin, était mort. Dans un appel téléphonique déchirant, le père du garçon , qui l’avait emmené visiter un ami, lui a dit que Trayvon avait été abattu dans une banlieue résidentielle de la ville de Sanford, en Floride, à l’extérieur d’Orlando.

« Il m’a dit, « Quelqu’un a tiré sur Trayvon et l’a tué. « Et j’ai fait, « Tu en es sûr?' » Fulton a continué sans hésiter. « Je lui ai demandé: « Comment sais-tu que c’est Trayvon? Et il m’a dit: parce qu’ils m’ont montré une photo.  »

C’était le 27 février dernier, un jour après que Trayvon ai été abattu  en pleine rue alors qu’il revenait d’une épicerie. Sans nouvelles de son fils, le père a d’abord cru qu’il était porté disparu, selon l’avocat de la famille Benjamin Crump. Mais le corps du garçon avait effectivement été conduit au bureau du médecin légiste et répertorié comme un John Doe (utilisé pour désigner une personne non-identifiée).

Le père a appelé le service des personnes disparues. Pas de chance. Puis il a appelé le 911 (numéro de la police). La police a demandé au père de décrire le garçon, après quoi ils ont envoyé des agents à la maison où le père logeait. Là, ils lui ont montré une photo de l’enfant étendu avec du sortant de sa bouche.

Il s’agit d’un scénario cauchemardesque pour n’importe quel parent, et les événements qui ont mené à la mort de Trayvon créent un véritable malaise – et posent de nombreuses questions aux américain.

Trayvon avait quitté la maison de son père chez qui il était en visite, pour se rendre à pieds dans une supérette du coin. Sur le chemin du retour, il a attiré l’attention de George Zimmerman, un citoyen-patrouilleur de 28 ans, auto proclamé gardien de son quartier, qui se trouvait dans un véhicule de sport. Zimmerman a appelé la police parce que le garçon avait l’air « vraiment louche ». L’appel enregistré au 911 a d’ailleurs été publié vendredi soir.

«J’appelle pour signaler la présence d’un gars vraiment suspect, confie l’homme au répartiteur du 911. Il marche sous la pluie et regarde autour de lui. Il a une capuche sur la tête Il a l’air drogué… Il s’agit d’un individu mâle, de race noire…»

L’opérateur a répondu à Zimmerman qu’une patrouille allait être envoyée, et de ne pas suivre le garçon.

Zimmerman apparemment n’a pas suivi le message de la police, et est sorti de sa voiture pour suivre le garçon qui constatant qu’il était suivi, a accéléré le pas. Trayvon avait un sac de bonbons et une bouteille de thé glacé.  Il allait finir de regarder la partie de basketball NBA All-Star avec son père et était à 10 minutes de la maison quand Zimmerman s’est approché de lui. Zimmerman avait une arme de poing de 9 millimètres.

Les deux se seraient engagés dans une altercation physique. Il y a eu des cris, puis un coup de feu.

Quand la police est arrivée, Trayvon était étendu dans l’herbe avec une blessure par balle fatale à la poitrine. Zimmerman était debout avec du sang sur son visage et l’arrière de sa tête et les taches d’herbe sur le dos, selon le Orlando Sentinel.

Le corps sans vie de Trayvon a été emmené au labo de la police. Zimmerman a été placé en détention, interrogé, puis relâché le jour même. Zimmerman a dit aux policiers qu’il était celui qui criait à l’aide. Il a dit qu’il a agi en légitime défense. Les policiers ont dit qu’ils n’ont trouvé aucune preuve pour contester la revendication Zimmerman.

Autre point: Trayvon est noir. Zimmerman ne l’est pas.

Trayvon a été enterré le 3 Mars. Zimmerman est toujours libre et n’a pas été arrêté ni accusé d’aucun crime.

Pourtant, les questions demeurent: Pourquoi Zimmerman trouvait Trayvon suspect? Pourquoi a t-il quand même poursuivi le garçon quand l’opérateur du 911 lui ordonnait de ne pas le faire? Pourquoi est-il sorti de sa voiture, et pourquoi at-il pris son arme avec lui? Comment peut-on parler de légitime défense quand vous êtes celui qui poursuit? Celui qui a initié l’altercation? Qui a crié? Le corps de Trayvon portait-il des traces de bagarre? Qu’est-ce qui a poussé Zimmerman à utiliser la force meurtrière?

Cette affaire a suscité une vive indignation, a relancé le débat sur le profilage racial, le traitement équitable face à la justice, et remise en question cette loi dite “stand your ground” qui renforce le droit des citoyens d’utiliser des armes à feu pour se défendre.

En tant que père de deux garçons noirs et adolescents, ce cas touche de près. C’est la peur qui me saisit chaque fois que mes garçons sont dehors : qu’un homme avec une arme à feu et un doigt qui démange un peu, les trouve « suspects ». Que les passions peuvent s’échauffer et le sang refroidir. Et tout cela peut se terminer par un trou dans leur poitrine et un trou dans mon coeur. Que la loi pourrait se révéler insuffisante pour apaiser ma perte.

C’est le fardeau des garçons noirs en Amérique et les gens qui les aiment: courir le risque d’être abattus dans l’obscurité et pris dans le viseur de quelqu’un qui a franchit la ligne.

La sensibilité raciale de cette affaire est lourde. Les parents Trayvon ont dit que leur fils a été assassiné. Crump, avocat de la famille, m’a dit: « Vous savez, si Trayvon aurait été le tireur, il n’y a rien de Trayvon Martin aurait pu dire pour empêcher la police de l’arrêter le Jour 1, heure 1. » Même le chef de la police reconnaît cette réalité, même s’il conteste l’accusation de partialité raciale dans l’enquête: « Notre enquête est faite uniquement sur la base des faits et des circonstances, et non pas de la couleur. Je sais aussi que j’aurais beau dire cela, mais, en tant qu’homme blanc en uniforme, je sais que ça ne veut rien dire pour personne.  »

Zimmerman n’a pas publié de déclaration, mais son père a remis une lettre d’une page à The Orlando Sentinel, le jeudi. Selon le journal, la déclaration dit que Zimmerman est « hispanique et a grandi dans une famille multiraciale. » Le journal qui cite la lettre, écrit « Il serait le dernier à discriminer pour une raison quelconque » et poursuit: « La représentation médiatique de George comme un raciste ne peut être plus éloigné de la vérité. « Et les divulgations faites depuis la médiatisation de l’affaire compliquent la perception des gens de l’équité dans ce cas.

Selon Crump, le père, l’une des raisons pour lesquelles Zimmerman n’a pas été arrêtés est qu’il avait un « casier vierge et irréprochable ». Or ce n’est pas vrai. Selon les la télévision locale WFTV, Zimmerman avait été arrêté en 2005 pour « agression sur un agent des services de police. »

En outre, ABC News a rapporté mardi que l’un des officiers chargé de l’enquête a « corrigé un témoin après elle lui ai dit qu’elle a entendu l’adolescent crier à l’aide. » Et The Miami Herald a publié un article ce jeudi disant que trois témoins avaient entendu les cris « désespérés d’un enfant, un coup de feu, et puis le silence.  »

WFTV aussi rapporté cette semaine que l’officier en charge de l’enquête sur la mort de Trayvon était également en charge d’une autre affaire controversée. En 2010, le fils d’un lieutenant avait été filmé en train d’attaquer un homme noir sans-abri. Le fils de l’officier n’avait également pas été inquiété. Il fut été arrêté bien plus tard, lorsque la télévision locale avait révélé l’affaire.

Bien que nous devons attendre pour obtenir les résultats de toute l’enquête sur le meurtre de Trayvon, il est clair que c’est une tragédie. Si aucune faute d’aucune sorte n’est attribué à l’incident, ce sera une tragédie encore plus grande.

L’un des témoins était un garçon de 13 ans de race noire qui a enregistré une vidéo pour The Orlando Sentinel racontant ce qu’il a vu. Le garçon, vêtu d’une chemise polo rayé, tiens microphone, parlant à voix basse et lente et a le regard lourd d’inquiétude et de tristesse. Il décrit avoir entendu crier, avoir vu quelqu’un par terre et avoir entendu des coups de feu. La vidéo se termine avec le garçon disant, « Je pense juste que parfois les gens sont stéréotypée, et je rentre dans le stéréotype de la personne qui a reçu une balle. »

Et c’est le fardeau des garçons noirs, et cette affaire peut soit l’alléger ou l’exacerber.

Par By CHARLES M. BLOW, pour le New York Times

PS : Une pétition a été lancée par la famille pour demander que justice soit faite. Vous pouvez la voir (et la signer) ici.

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