Il faudrait annuler la dette d’Haiti

Posté par le 06 avril 2013. inséré dans Amérique et Caraibes, Economie.

par Richard Kim, The Nation, 15 janvier 2010 –

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La vulnérabilité d’Haïti aux catastrophes naturelles, les pénuries alimentaires, la pauvreté, la déforestation et le manque d’infrastructure, ne sont pas accidentels. En se contentant de dire que c’est la nation la plus pauvre du monde occidental, on oublie l’essentiel : Haïti a été rendue pauvre – par la France, les États-Unis, la Grande Bretagne et d’autres puissances occidentales, sans oublier le FMI et la Banque mondiale.

Aujourd’hui, lorsqu’il vient en aide à Haïti, le FMI continue les politiques qui en ont fait une île de la précarité, bien avant le séisme. Jeudi, le FMI a annoncé en fanfare un nouveau prêt de 100 millions de dollars à Haïti. Ce prêt est une bonne chose : Haïti est dans une situation désespérée et a besoin d’une injection massive de fonds. Mais ce nouveau crédit a été octroyé à travers le dispositif de crédit élargi du FMI, auprès duquel Haïti a déjà 165 millions de dollars de dettes. Ceux qui militent pour la réduction de la dette m’indiquent que ces prêts sont assortis de conditions, y compris l’augmentation du prix de l’électricité, le refus des augmentations salariales à tous les employés du secteur public, sauf ceux qui sont rétribués au salaire minimum, et le maintien d’une faible inflation. On me dit que ce nouveau prêt serait accompagné par les mêmes conditions. En d’autres termes, face à cette dernière tragédie, le FMI utiliserait toujours les crises et la dette comme moyen de pression pour contraindre à des réformes néolibérales.

Pour Haïti, l’histoire se répète. Comme les historiens l’ont montré, l’appauvrissement d’Haïti a commencé dès les premières décennies de son indépendance, lorsque les esclaves d’Haïti et les gens de couleur libres se sont unis pour libérer le pays de la domination de la France en 1804. En 1825, Haïti est tombée dans une nouvelle forme de servitude – la dette extérieure. Sous la menace d’un embargo de la France et des autres pays occidentaux, l’île a accepté de verser 150 millions de francs à titre de réparations aux propriétaires français des esclaves (C’est ainsi : les esclaves affranchis ont été obligés d’indemniser leurs anciens maîtres pour leur liberté). Pour ce faire, Haïti a emprunté des millions auprès des banques françaises, puis aux États-Unis et en Allemagne. Alex von Tunzelmann précise : « en 1900, [Haïti] consacrait 80% du budget de la nation au remboursement. »

122 ans plus tard, en 1947, la nation n’avait remboursé qu’environ 60% de la dette, soit 90 millions de francs (elle avait pu négocier une réduction en 1838). En 2003, le président Aristide a demandé à la France la restitution de cette somme – d’une valeur de plus de 21 milliards en dollars de 2003. Quelques mois plus tard, il a été renversé par un coup d’Etat. Il a affirmé avoir quitté le pays sous la menace armée des États-Unis.

Il y eut également les politiques d’ajustement structurel imposées par le FMI et la Banque Mondiale dans les années 1990. Par exemple, en 1995, le FMI a forcé Haïti à réduire les droits de douanes de sur le riz de 35% à 3%, entraînant une augmentation massive des importations à prix cassé, dont la grande majorité venaient des États-Unis. Comme l’indique le rapport 2008 de Jubilee USA, alors que le pays était autrefois un exportateur net de riz, « en 2005, trois assiettes de riz sur quatre consommées en Haïti provenaient des États-Unis. » Durant cette période, l’USAID a investi massivement en Haïti, mais cette « charité » n’est pas venue sous la forme de subventions pour développer les infrastructures agricoles, mais dans l’aide alimentaire directe, renforçant la dépendance d’Haïti à l’assistance étrangère, tout en redirigeant des fonds vers l’agro-industrie américaine.

Un rapport de 2008 du Center for International Policy précise qu’en 2003, Haïti a consacré 57,4 millions de dollars pour le service de sa dette, alors que l’aide étrangère totale pour l’éducation, les soins de santé et autres services n’était que de 39,21 millions. En d’autres termes, dans ce système d’aide, Haïti a remboursé plus qu’il n’a reçu. Comme Paul Farmer l’a écrit après les ouragans qui ont frappé le pays en 2008, Haïti est « un véritable cimetière de projets de développement. »

Que peuvent faire les militants, outre un don à un organisme de bienfaisance ? Un objectif à long terme serait d’amener le FMI à annuler les 265 millions de dollars de la dette d’Haïti ( les 165 millions en cours, plus les 100 millions annoncés cette semaine). À court terme, les prêts du FMI en Haïti pourraient être transférés en direction du dispositif de crédit rapide du FMI, qui n’impose pas de conditions sur les salaires et l’inflation.

L’allégement de la dette est essentiel pour l’avenir d’Haïti. L’île a eu récemment environ 1,2 milliards de dollars de dette annulée, mais elle doit encore environ 891 millions de dollars, qui ont été prêtés depuis 2004. 429 millions de dollars de cette dette sont détenus par l’Inter-American Development Bank (IDB), à laquelle Haïti devrait régler 10 millions de dollars l’année prochaine. De toute évidence, il vaudrait mieux dépenser cet argent pour sauver la vie des Haïtiens et reconstruire le pays dans les mois à venir. L’annulation de la totalité de la dette permettrait de libérer un capital précieux. Les Etats-Unis contrôlent environ 30 pour cent des actions de la banque, et les pays d’Amérique latine et des Caraïbes en détiennent un peu plus de 50 pour cent. Les prêts accordés par l’IDB proviennent de son fonds pour les opérations spéciales (à savoir des pays donateurs de la banque et des fonds provenant de prêts qui ont été remboursés), et non d’obligations émises par l’IDB. Par conséquent, le montant total pourrait être annulé sans impact sur notation de la banque.

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Source de l’article : ICI.

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