Pimp my funerals : Le deuil et l’enterrement à l’africaine

Posté par le 13 septembre 2013. inséré dans Afrique, communautés.

 

Je suis africaine, oui. Mais beaucoup de choses chez nous me choquent et me scandalisent.

J’ai récemment perdu mon oncle. Un jeune homme de 30 ans, brave et travailleur (RIP) marié et père de 4 petits enfants. Un choc pour tout le monde et pour moi aussi. Mais l’autre choc et pas des moindres, c’est la préparation du deuil et de l’enterrement.

Une réunion a vite fait d’être tenue, motif clair et net, faire participer le maximum de personnes, financièrement bien sûr. Un petit aperçu: les parents donnent 300 000 FCFA chacun, les frères et soeurs qui travaillent donnent 150 000, ceux qui ne travaillent pas donnent 100 000, les nièces et neveux pour eux c’est 30 000. Comme çà, çà n’a l’air de rien, mais imaginez que le mec a environ 12 frères et soeurs, autant de nièces et de neveux, 4 mères, et un nombre incalculable de cousins. Oui, c’est la famille africaine.

Pourquoi tout cet argent? Les vêtements du mort (parcequ’il doit être super beau pour là où il va), un cercueil avec tiroir (pour emporter quelques affaires, au cas où il en aurait besoin là-bas), des groupes de chants  (eh oui), le corbillard et autres véhicules pour le transport du corps et de la famille au village, certains on même évoqué la confection d’un pagne spécial en l’honneur du defunt.

Total de la facture, plus de 3 millions de francs CFA!

Le pauvre bougre de son vivant aurait trimé sang et eau pour avoir une somme pareil. Mais non, il lui suffisait de mourir pour être riche!

Non mais, soyons sérieux 5 minutes. Ce garçon laisse une femme et 4 enfants en bas âge. Qui a le plus besoin d’argent? Lui parti ou sa pauvre famille restée?

Je l’ai toujours dit, les africains n’ont jamais su faire la part des choses. Tout ici chez nous est une occasion de se montrer, de se faire voir, de prouver aux gens qu’on est pas ci ou qu’on est çà. C’est une grosse perte de temps, un foutu gaspillage d’énergie.

Non, au lieu de se concentrer sur les choses importantes, c’est le superflu qui intéresse.

Personne ne se soucie des pauvres enfants, qui va s’en occuper, payer leur école. Non, le plus important c’est que tout soit beau, le plus beau cerceuil, les plus beaux vêtements, à manger pour tout ces imbéciles, à boire pour tous ces cancres, qu’ils rentrent chez eux en disant: » Monsieur tel nous a vraiment bien reçu. Le deuil de son fils était super. »

Triste.

Chez nous au pays, c’est quand on est mort qu’on a de la valeur. Tout le monde doit cotiser pour que la fête soit belle. Quand on est à l’hôpital, agonisant, c’est à peine si il y en a qui viennent vous rendre visite. Personne ne pense à vous aider à payer les frais d’hôpital et tout le reste. Non, çà çà n’a aucune importance. C’est quand vous êtes parti qu’il faut montrer à tout le monde à quel point on vous aimait.

Stupide.

Triste.

Aborasamza signifie « il soulève, il secoue », c’est le nom qu’on donne à la friperie car les vendeurs soulèvent les vêtements et les rejettent en les secouant. C’est aussi le nom qu’on donne aux femmes frivoles !
AUTEUR: Aborasamza
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9 Commentaires pour “Pimp my funerals : Le deuil et l’enterrement à l’africaine”

  1. Nuna (2 Commentaires)

    Ma soeur africaine, tu me mets du baume au coeur en écrivant sur ce sujet. Cela me rassure car à force, j’avais peur d’être le seul extrémiste à voir ce fait comme une ineptie. Continuez à soulever nos contresens et à secouer nos esprits endormis apathiques et brumeux. Big up à tous!!!

  2. lalou (2 Commentaires)

    Bonjour,

    Je suis française et en ménage avec un africain depuis 1 an et demi.
    Notre amour est très fort.
    Ayant des problème d’argent, il s’absente beaucoup et ce nous peinent beaucoup.
    Nos disputes ne sont que sur ce sujet.
    Malheureusement; j’ai annocé à mon homme qu’il avait perdu son pére. Sa soeur m’a appelé d’Afrique. Mon homme est bouleversé par cette nouvelle. Déjà épuisé psychologiquement et physiquement, il s’est effondré! la distance en est aussi pour quelquechose.
    Nous nous croisons en ce moment, c’est très dur à supporter! mais alors là je pensais qu’il aurait besoin de moi, de mes bras! mon rôle quoi!
    Ce w.e, il m’avait promis de me consacrer le w.e! et non! chacun devait gérer ses occupations hier matin et être dispo l’un pour l’autre jusqu’à demain matin.
    Au lieu de çà, il est rentré de ses occupations à 17H et je lui ai annoncé la mauvaise nouvelle. déboussolé, il est parti à 19h30 POUR SE CHANGER LES IDEES  » tu ne peux rien faire pou moi chéri, j’ai besoin dêtre avec ma communauté ». Communauté avec qui laqu’elle il parle de tout et de rien. Il est rentré à 14h30 aujourd’hui! il m’a expliqué que çà n’avait rien avoir avec moi, qu’il ne fallait pas que je me sente exclue, qu’il m’aimait, qu’il avait besoin de moi mais la douleur était si intense que moi toute seule je ne pouvais rien faire! même lui il ne sait pas quoi faire.
    Il veut organiser ce qu’il appelle une veillée en la mémoire de son pére ce que je comprends tout à fait (reccueil et dons).
    Ce qui me dépasse, c’est sa volonté d’être avec sa com dans ce moment douloureux. Et moi, quel rôle j’ai, qu’elle est ma place? je suis sidérée!!! alors il m’explique que c’est sa culture, qu’il faut que je comprenne! j’ai beau prendre du recul! je me sens repousser! je souligne qu’il ne m’a pas proposé de l’accompagner car j’ai dû mal avec sa communauté. Je pense que je dois être son premier soutien. Sa culture? ok !mais il y a des limites. Dites moi si je suis trop exigeante? j’ai besoin de lumiére! SVP!
    merci.

  3. manu (1 Commentaires)

    coucou je suis africaine j’ai grandi en Afrique et certaines choses dites sur ce site me choque énormément j’ai l’impression que pour beaucoup d’entre vous l’Afrique c un tout petit pays avec une unité culturelle historique religieuse bref ou tout se ressemble.Et la cet article c’est pour moi le comble dites peut etre que dans votre familled votre village ca se passe comme ca mais pas en afrique .J’en ai vu des deuils mais rien de tout ca meme si je dois reconnaitre que j’ai rencontré des congolais et des gabonais et meme ceux la ils etaient quelques personnes à raconter des choses choquantes et eux n’en sont pas arrivés la perso j’ai jamais entendu des choses aussi choquantes

  4. Marie (8 Commentaires)

    J’ai toujours entendu mes parents dire « il n’y a jamais d’argent pour soigner une persnne malade mais alors lorsque le pauvre il décède, l’argent coule à flot pour financer ses obsèques ».
    C’est un comportement qu’on observe systèmatiquement dans notre communauté à nous, mais il est vrai que ne peux l’étendre à d’autres communautés de notre pays et encore moins au continent africain car je ne sais pas comment ils se comportent.
    Mais je m’indigne aussi face à ce type de cmportement.

  5. Madongui (9 Commentaires)

    Je ne sais pas à quand remonte la naissance de ce type de procédés chez nous mais il est vrai que ces spectacles sont désolants et font pitié. Étant moi même africaine, je suis entièrement d’accord avec Aborasamza! Tout chez nous est prétexte à « m’as-tu vu », même hélas les funérailles. Dans mon pays, quelque soit le groupe ethnique, c’est pareil! Pendant les veillées funéraires, viandes grasses et alcools forts coulent à flots (alors que des fois, le défunt et sa famille crevaient de faim…), chacun rivalise de talent dans le complet dernier cri cousu spécialement pour l’occasion, chacun veut montrer qu’il est « dans la place »! Et le lendemain, ça « kongosse » comme on dit ici (càd ça ragote): « tu as vu comment elle était habillé celle là? trop nulle! »; « tu as vu le cousin X, il est devenu mignon », « tata Y a grossi,dis donc! ».
    Mais bon sens! vous êtes allés pleurer un être cher ou jouer les mégères?
    Pire, après s’être délectés de ragots et commérages en tout genre, arrive la partie attendue de tous: spolier la/le veuve/veuf des biens (quand il y en a) laissés par le conjoint défunt! Tout y passe: voitures (surtout), cartes bancaires, vêtements, bijoux, biens immobiliers, etc. Les enfants orphelins et minés par la peine n’ayant que leurs yeux pour pleurer… Quelle honte!!!

  6. BoubalaJoe (110 Commentaires)

    Madongui, c’est vrai qu’en Afrique les funérailles donnent souvent lieu à des excès en tous genres.

    Cependant, lorque tu parles de spoliation de biens, j’ai du mal à te suivre, car l’Etat de droit garantit désormais à la descendance du défunt l’assurance d’un héritage lorsque celui-ci a laissé un testament.

    Bon, tu me répondras peut-être qu’il faut y mettre un bémol en raison de l’impact de la tradition sur les comportements. Mais quand même…

    • Madongui (9 Commentaires)

      En effet, ce que j’ai l’intention de te répondre! Car, ce que disent les textes juridiques est une chose, la réalité des faits une autre! Raison: les pesanteurs culturelles qui nous emprisonnent! Et dans mon quotidien, je le vois tous les jours. Quelquefois, quand le défunt a laissé un testament, ça se passe bien, à condition que la veuve soit un minimum cultivée et connaisse ses droits. Dans le cas contraire (c’est-à-dire en l’absence de testament), un conseil de famille doit se tenir et les conclusions couchées sur un PV sont transmis au juge des familles. Mais tu te figures bien que le conseil est piloté par ceux qui se voient déjà roulé dans le rutilant 4×4 laissé par le grand frère défunt… A croire qu’ils priaient même pour sa mort!

  7. BoubalaJoe (110 Commentaires)

    Lalou, je suis désolé d’intervenir si tardivement vu que ton commentaire,qui m’a touché, date de mai 2011. Mais sache que pour un africain, la période qui suit un décès n’est pas vécu de la même façon que les européens ( ou occidentaux ).

    Je comprends que tu aies eu de la difficulté à nager à contre-courant.
    Cela fait appel aux sens de l’adaptation et de l’adéquation.

    Sans donner dans le traditionalisme, le fait est que l’influence des coutumes traditionnelles voire leur prégnance sur les comportements donnent la prépondérance à la communauté en cas de décès.

    Si les occidentaux se réfugient dans la cellule nucléaire, le cercle familial restreint, les africains auront plutôt tendance à partager leur souffrance avec le groupe, celui servant en quelque sorte d’ amortisseur de chocs et autres traumatismes.

    Pour ainsi dire, lorsque les fusibles sautent, les africains ne se retrouvent pas tout seuls dans l’obscurité terrorisante.

    Personnellement, j’estime qu’il s’agit là d’une des forces de la culture africaine.

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