La question des frontières et de la libre circulation transnationale reste cruciale en Afrique

Posté par le 08 avril 2012. inséré dans Afrique, Politique.

Le continent africain compte une cinquantaine de pays. 87% des frontières des ces Etats ont été décidées à l’époque coloniale, et la plupart ont été dessinées à la règle lors de la conférence de Berlin, en 1885. Seulement un sixième des ces frontières ont pris en compte la configuration ethnique des peuples africains —alors que le continent comprend plus de 200 groupes ethnolinguistiques distincts.

Depuis les indépendances, les frontières ont été sources de conflits. Elles ont séparé des peuples habitués à vivre ensemble, mais ont surtout regroupé des ethnies différentes, dont la cohabitation a engendré des violences comme au Nigeria, au Tchad ou encore au Soudan.

Les ressources naturelles finissent par créer des tensions entres populations qui partagent les mêmes richesses. Rares sont les vrais conflits séparatistes en Afrique. En général, on se bat pour du pétrole, des minerais, des ressources halieutiques. La République démocratique du Congo et l’Ouganda se sont étripés pendant des années pour le pétrole du lac Albert. Les deux Soudan, malgré le référendum de la partition, continuent de se battre pour les revenus de l’or noir.

Définir et intégrer

L’heure est à l’intégration des frontières. Géographes, sociologues, analystes politiques n’ont que ce mot à la bouche. C’est la ligne directrice du Programme frontière de l’Union africaine, créé en 2007. Il s’agit de faire du continent africain un espace d’échanges commerciaux et culturels, où les frontières ne représenteront plus une séparation, mais une zone de partage.

Le paradoxe, c’est que pour intégrer il faut d’abord séparer clairement les Etats. Il faut définir, dessiner et concrétiser les frontières. Moins d’un quart des frontières africaines sont actuellement délimitées.

«Ce que les pays doivent maintenant faire de toute urgence, c’est définir leurs frontières là où cela n’a pas encore été fait. Le processus d’intégration en Afrique est celui de la libre circulation des marchandises, des populations, des biens. La délimitation des frontières est fondamentale car elle permettra de créer des projets transfrontaliers entre les Etats qui sauront clairement où s’arrête et commence leur territoire», explique Jose Elias Mucombo, directeur de l’Institut national de la mer et des frontières de Maputo, au Mozambique.

Depuis sa création, le Programme de l’Union africaine (UA) a permis de délimiter les 413 km de frontières entre le Mali et le Burkina. 610 km ont également été dessinés entre la Zambie et le Malawi, la Zambie et le Mozambique et le Malawi et le Mozambique. 1.500 km restent encore à démarquer d’ici 2013.

Des bornes ont été placées pour matérialiser la séparation. En parallèle, des projets communs comme la construction de silos à céréales utilisés conjointement par les populations frontalières du Mali et du Burkina devraient poursuivre l’effort d’intégration.

Frontières intangibles

Toucher aux frontières africaines reste toujours sensible. Héritées de l’époque coloniale, elles font aussi maintenant partie intégrante du dessin géographique de l’Afrique.

«Ces frontières font partie de notre identité. Elles ont souvent plus de 60 ans. Pour beaucoup d’Africains ce sont les seules frontières qu’ils ont connues. Je ne pense pas qu’il soit possible de les modifier. Cela créerait encore plus de confusion et de problèmes», souligne Mucombo.

En 1964, l’UA a décrété l’intangibilité des frontières du continent. Depuis lors, elle n’a cessé de s’opposer aux tentatives de partition des pays africains. L’Union l’affirme encore dans le dossier somalien, avec la question de l’indépendance du Somaliland.

«A l’Union africaine nous ne reconnaissons qu’une seule Somalie, et nous considérons qu’il y a dans les efforts d’élaboration d’une nouvelle Constitution pour ce pays des leviers pour la prise en compte de particularismes régionaux. Nous ne travaillons pas dans une optique de fragmentation, nous travaillons toujours pour l’intégration», déclare Ramtane Lamamra, commissaire paix et sécurité de l’Union africaine.

La récente partition du Soudan représente donc une exception dans la ligne de conduite africaine. Par la même occasion, ce pays devient le laboratoire des partisans des modifications des frontières africaines.

«Il n’y a aucun intérêt à insister pour garder les frontières dessinées par les pouvoirs européens. Si un Etat comme le Soudan se met d’accord pacifiquement pour mettre terme à une très longue guerre, je suis d’avis qu’il se sépare. La séparation n’est pas le divorce. Les deux pays peuvent gérer conjointement leur frontière pour assurer leur sécurité et leur développement économique», suggère Anthony Asiwaju, président de l’Institut régional africain Imeko de Lagos, au Nigeria.

Les récents développements au Soudan, dans la zone d’Abyei ainsi que dans le Sud-Kordofan ont pour l’heure bien déçu ces espoirs. Il faut maintenant envoyer 4.200 soldats éthiopiens sous mandat de l’ONU pour assurer la paix et la démilitarisation d’Abyei. La question de la définition concrète de la frontière entre le Nord et le Sud reste toujours en suspens. Après des jours de négociations, les deux parties n’ont toujours pas trouvé d’accord.

Gaëlle Laleix, Slate Afrique

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