La mort de Nelson Mandela sera une grande perte pour tous

Posté par le 12 juillet 2013. inséré dans A la Une, Afrique.

Nelson Mandela Square

Nelson Mandela Square

Nous sommes proches de l’Afrique du Sud, tous à des degrés divers mais l’Afrique du Sud et son grand homme n’a laissé aucun humaniste, aucun universaliste, aucun idéaliste et aucun Homme de progrès ou aucun amoureux de l’Afrique évidemment, insensible. Nous avons tous espéré sa libération et nous avons tous rêvé ses victoires. Mon Mandela à moi est sorti de prison le jour de mes 18 ans, j’étais à Alger. J’avais milité auprès d’Amnesty International deux ans auparavant pour sa libération. Je regardais religieusement les Mandela Day, concerts gigantesques. J’adorais Johnny Clegg, malheureusement exclus de ces concerts débordant de bonnes intentions occidentales. Il était libre. Il laissait les agitateurs et résistants de toute sorte orphelins de leur lutte, et les pessimistes prendre le dessus ; la révolution, la vengeance et la guerre… l’heure du retour de bâton était venue.

Puis rien. A peine libéré, il est parti en tournée internationale, la Lybie d’abord puis l’Algérie, c’est là, pour la première fois, que je croise à quelques mètres le grand homme (il est très grand). Puis l’apartheid disparaît, le prix Nobel de la paix est décerné à Mandela et De Klerk (le président sud africain alors). Puis arrive le temps des élections tant attendues, « un homme, un vote », une première pour tous les sud africains non blancs. La fin de l’apartheid a réveillé les tensions ethniques et notamment celles des zulu (ethnie majoritaire dans le pays) de l’InKata. Il est élu en 1994. Commence alors la plus grande et la plus belle révolution de notre monde contemporain. Un peuple opprimé prend le pouvoir et son leader impose le pardon. Stupeur chez les pessimistes, scepticisme même chez les bienveillants. Seul ou presque, grâce à la stature acquise en prison, grâce au personnage qui a été créé autour de lui, le pardon s’impose et c’est un homme d’église, le fabuleux archevêque Desmond Tutu qui dirige cette commission de la vérité et de la réconciliation qui pardonneront les pires ordures du régime déchu. Une leçon pour le monde entier.

nelSon Mandela Day

Affiche Nelson Mandela Day

J’arrive en 1996. L’Afrique du Sud a son premier président noir depuis bientôt deux ans, les blancs disent trembler mais ils ne tremblent déjà plus… Je veux participer à cette nouvelle aventure, un peu idéaliste tout de même, mais avec une ambition indéfinissable. A peine arrivé, mon oncle qui vit là bas avec sa famille depuis plus de 20 ans m’accueille à l’aéroport. Je suis fasciné par Johannesburg. Le lendemain mes cousines m’emmènent à Kyalami, un circuit automobile entre Pretoria et Johannesburg où un concert géant est donné. Se succèderont Tracy Chapman, Johnny Clegg et enfin… Mandela. J’étais en Afrique du Sud, au milieu de la foule, je prenais cela pour un mot de « bienvenue ». On n’est pas modeste quand on est jeune J.

Le hasard des rencontres me poussent vers le voyage. Je grandis dans le pays dans un tourisme naissant, loin de la communauté française mais coincé entre des « blancs » flippés, pensant à partir en Australie, au Canada ou… au Cap depuis leur villa luxueuse et les « noirs », déterminés mais loin d’être revanchards. Mandela est soumis à l’épreuve du pouvoir, il n’est pas très populaire alors. Ses projets immobiliers sont lents à être mis en place. Il a créé tellement d’espoir que l’on espérait de lui un peu de magie et surtout de la magie… rapide. Il n’en sera rien. Il était là, donnait l’impulsion de ce pays qui avance et c’était déjà beaucoup : les soins de santé, la fin des ghettos, la fin de la ségrégation et même l’affirmative action (ou discrimination positive) qui mènera au pouvoir économique une élite noire jusqu’alors exclus. Une élite noire et même une middle class… Il a tout lancé, il a réconcilié, il était alors temps de partir… je suis parti avant lui, avec quelques idées pour continuer mon chemin à ses côtés, mais ailleurs…

J’ai appris plus tard en lisant Gandhi que Mandela avait lui-même beaucoup lu et dont il s’était beaucoup inspiré que de nombreux choix qu’il avait fait, était guidé par la pensée du grand homme qui vécut en Afrique du Sud, 20 ans et qui en parti l’année de la naissance de Mandela en 1914. Il en apprit la puissance de la prison ; elle vous apprend l’humilité, vous transmets des règles, et elle forge l’esprit le rendant plus pur au point d’entrevoir la vérité. Mandela savait qu’il était plus fort en prison que dehors. Il aurait dû être libéré plus tôt, mais ni lui, ni le pays n’était prêt. C’est lui qui a décidé comme un chef d’orchestre décide quand la symphonie doit commencer.

Robben-Island où fut emprisonné Mandela pendant 27ans

Robben-Island où fut emprisonné Mandela pendant 27ans

Si Gandhi fit de grandes choses et avait des luttes très différentes bien que sœurs de celles de Mandela, le grand homme sud africain a osé être confronté au pouvoir, l’exercer, s’y risquer quitte à tuer le mythe créé en prison. Puis il quitta le pouvoir et devint la référence, dans le monde, l’homme que l’on allait voir pour l’entendre les premières années puis doucement pour juste le voir et en rapporter le trophée photographique.

Contrairement à Gandhi qui, soumis à la vérité, acceptait aussi celle d’être en danger, Mandela s’est protégé et à travers lui, a protégé son pays. Jusqu’à sa mort. Il n’est pas mort violemment, mais par à-coup. Il sombre peu à peu puis les malaises l’entraînent régulièrement à l’hôpital et enfin la vie s’échappe de lui au moment où l’Afrique du Sud peut continuer son chemin. Un destin parfaitement réglé, celui d’un homme hors du commun qui décida de sa libération, de son destin, qui décida contre tous, le pardon et on pourrait presque croire qu’il a décidé quand il était de bon ton de mourir, doucement, sans violence, à l’heure parfaite où le monde accepterait de le libérer, enfin.

Le monde va perdre un grand homme, comme elle les perd tous. Il en créera d’autres à condition que l’on pardonne aux hommes de n’être que des hommes et entre deux actes bassement humains, devenir des héros. Mandela était, paraît il, un homme pas très prévenant pour sa famille, il était semble t’il assez dur avec ses proches et peut être avait il d’autres défauts que le mythe a caché ; il avait commencé dans la violence, il avait sans doute du sang sur les mains ; les mains sales… quel grand homme peut se prévaloir de ne pas les avoir au final. Au final, on retiendra un homme, grand, au sourire radieux, qui illumina le monde du message délivré par sa vie. L’Afrique du Sud a son icône mais comme Gandhi en son temps, il ne peut être question de laisser Mandela aux seuls sud africains, aux seules personnes « de couleur ». Il est à tout le monde et nous en retiendrons ce que nous voudrions tous être et ce que nous sommes tous à un moment donné : être bon, faire le bien, être vrai, pardonner, changer le monde. Nous l’avons tous fait, à notre échelle, dans notre quotidien, auprès des nôtres ou pas.

A l’approche de la mort, Mandela s’il a encore sa conscience éveillée, peut s’endormir tranquille… Mais maintenant, peut être, le temps va venir de la vérité, de notre vérité, celle qui dirigera le 21èmesiècle qui ne fait que commencer, qui inquiète et enthousiasme, avec la mort d’un homme, l’actualité nous propulse dans le futur… et maintenant, on fait quoi pour changer le monde ?

Par Fabrice Dabouineau, Directeur Afrique, Voyageurs du Monde

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