La démocratie de nos vieux pères

Posté par le 08 avril 2013. inséré dans A la Une, Afrique, Politique.

 

Forest Whitaker dans la  peau d'Amin Dada

Forest Whitaker dans la peau d’Amin Dada

La « démocratie » est un bien joli concept.  Ce terme vient du  grec ancien et signifie « souveraineté du peuple ».  En général, quand on prononce  le mot« démocratie », on a tout dit ! Je cite «  ce pays est un bel exemple de démocratie », « le président a été élu dans le respect le plus total de la démocratie ».  Si la communauté internationale veut targuer d’éloge un pays africain, elle le désignera comme « un bel exemple de démocratie »et au contraire, si elle souhaite pointer du doigt certains dysfonctionnement,  que je qualifierai plutôt d’évènements, elle dira «  Il faut un retour dans les plus brefs délais à une situation démocratique ». Vous l’aurez compris, ce terme est employé et employable de bien différentes manières. Mais une question me vient à  l’esprit : Quand on parle de démocratie, de laquelle parle-t-on ? De celle qui nous a été « gracieusement » offerte lors de nos indépendances respectives ? Ou de notre démocratie « africanisée », celle de nos vieux pères ?  Vous me direz que les deux ne sont pas toujours très éloignées.

Comment reconnaître nos vieux pères démocrates

Je vais m’attarder un peu plus sur ce concept «  démocratie de nos vieux pères ».  On a tous ou on a tous eu un vieux père dans son pays. Oui ! Le vieux père c’est cet Homme, au pouvoir depuis trop longtemps, tellement longtemps qu’à ma naissance je l’ai trouvé au pouvoir et qu’aujourd’hui adulte, il est toujours là ! Le vieux père a une santé de fer, il se voit mourir au pouvoir, à moins que par un miracle soudain- car le vieux père doit être béni des dieux- se voit octroyer l’immortalité et par conséquent le pouvoir à vie.

Pour contourner les lois indéfectibles de la nature, le vieux père utilise un coup de baguette magique  d’état constitutionnel et change une « limitation à deux mandats présidentiels » en «  mandat illimité ». Parfois le vieux père est arrivé au pouvoir par les armes, la tête remplie de rêves, d’ambition pour son pays mais surtout il est arrivé les poches vides.  Parfois le vieux père est arrivé par la simple voie des urnes, il est Celui que le peuple a désigné pour le gouverner ou Celui que les urnes ont désigné pour gouverner le peuple. Ce point est laissé libre à toute interprétation. Le vieux père est un magicien, car il est élu non pas une fois, pas deux, ni même trois, il est élu à chaque fois qu’il se présente. Le vieux père est un homme Très Très fort- pardonnez la redondance mais il faut rendre à César ce qui lui appartient. Le vieux père est très malin, il prépare sa succession, le vieux père s’est beaucoup inspiré des systèmes monarchiques : « Tu seras un jour ,le roi, président ,mon fils. » Si le vieux père pouvait, il s’appellerait « Monsieur Son Excellence présidentiel Le Monarque du Royaume de la Nation souveraine et démocratique  … » Un titre un peu pompeux je vous l’accorde, mais il faut bien justifier l’argent gaspillé lors des campagnes électorales.

Le vieux père a un parti politique, oui c’est vrai et c’est le Parti UNIQUE. Pourquoi UNIQUE ? Parce que comme je le disais précédemment, le vieux père gagne toujours. C’est logique, dans la vie qui joue pour perdre ? Personne !   Le vieux père est en général un franc-maçon, oui et en général c’est comme ça qu’il est arrivé au pouvoir.   Le vieux père, pour faire bonne figure manie bien la langue démocratique plus belle et plus grande que la langue de Shakespeare ou celle de Molière. En effet, elle doit être comprise du peuple et de la communauté internationale. Comprenez l’organisation d’un référendum  du point  de vue international, par un acte exemplaire démocratique et par le peuple un bourrage d’urne et des voix achetées. Mais il ne faut pas oublier de remercier nos vieux pères, car sans eux aujourd’hui certains pays ne seraient pas là où ils sont. Oui c’est vrai, tous nos pays africains ont au moins tous dépassé la ligne de départ, ça aurait pu être pire on aurait pu rester plantés là, à se demander quand retentirait le gong du départ. Il faut également les remercier pour toutes les actions de développement entreprises, au lieu d’être à 0 nous sommes à 1 ou à 3 sachant que nous aurions pu aisément être à 10.

Le vieux père, en règle générale, a succédé à un Grand Homme Africain ou en a « liquidé » un, parce que trop gênant, trop voyant ou trop novateur. Pour qui : Le Peuple ? Lui ? Ou ce que nous appellerons les Forces extérieures de pression ? Le vieux père aime se complaire dans un certain conservatisme tenu d’une main de fer. Le vieux père ne partage pas, parce que c’est comme ça, tu ne peux pas être vieux père et donner plus de pouvoir aux autres, c’est anti-démocratique.

Paul Biya et son opposant historique Frun Ndi

Paul Biya et son opposant historique Frun Ndi

Nos vieux pères ont leur alter-ego

Nos vieux pères se sont aussi, ces éternels opposants. Oui, ces Hommes toujours opposants, jamais présidents, qui se battent pour le rétablissement de la démocratie dans la transparence la plus totale. Certains peuvent être qualifiés d’opposants historiques, s’ils ont encore la chance d’être vivants, il y a des lustres qu’ils militent pour des meilleurs lendemains. Ces vieux pères aussi attendent patiemment leur tour, de pouvoir accéder à la magistrature suprême, de devenir des vieux pères très très forts.  Changeront-ils les choses ? Pas sur ! Mais l’espoir fait vivre, n’est-ce pas le peuple ? De toute façon, à chaque élection démocratique, ils seront là toujours les mêmes, toujours au grand rendez-vous, de la grande duperie démocratique. Patrick Bruel chantait «  On s’était donné rendez-vous dans 10 ans, même jour, même place, même heure », nos vieux pères l’ont fait et la tradition perdure toujours.

C’est le moment de dire STOP!

Mon message est jonché de piques et d’ironie. Il est temps de dire : « ça suffit ! ». Demandons à nos vieux pères de partir, nos grands-parents, nos parents les ont connus et visiblement notre monde n’a pas évolué plus que ça. Merci pour vos services rendus à la nation, merci pour les répressions, merci pour les campagnes ternies par l’argent ou le bourrage des urnes, merci pour les détournements, merci pour la corruption, pour tous les maux qui continuent de nous accabler et qui auraient pu  être évités ou résolus, merci pour le peuple, merci pour TOUT, merci BEAUCOUP. Il est temps d’avoir des nouveaux visages dans la classe politique, des personnes plus jeunes, plus novatrices et elles aussi pleines  de rêves. Nous voulons des jeunes pères, plus réalistes et plus rêveurs, avec des poches vides, nous voulons des bâtisseurs. Nous voulons des hommes et des femmes politiques que nous avons réellement choisis pour nous guider, démocratiquement ou pas. Nous voulons des leaders, des icones, des étoiles qui continueront de briller à travers les âges, nous voulons des Sankara, des Lumumba. Nous voulons des visionnaires, des décideurs, pas des charognards qui patiemment attendent leur tour pour se délecter de la chaire des cadavres, -du peuple.

Je ne tente pas ici de défendre  un quelconque système politique que ce soit, je ne défends pas la démocratie, je n’ai toujours pas vu ce que c’était. Ce que je veux, c’est que nos vieux pères s’en aillent avec leur démocratie préhistorique et qu’une nouvelle classe politique plus juste et plus sensée émerge enfin.  Une nouvelle classe politique qui regarde son peuple, qui nourrit son peuple, qui soigne son peuple et qui instruit son peuple.

A mes vieux pères, je réitérai ceci : « Merci pour tous les services rendus à la nation, bon ou mauvais. Nous avons fini de vous blâmer pour ce que nous ne  sommes pas. Merci pour la leçon, nous avons appris et apprenons toujours. Les  erreurs ne seront pas rééditées, le passé ne sera pas oublié. Demain est un autre jour, nul n’est invincible. Alors partez tant que vous pouvez encore  garder la tête haute, partez comme vous êtes arrivés. Prenez exemple sur vos prédécesseurs, regardez comme ils ont fini, regardez l’état de leur pays, regardez leur peuple, regardez les. Mes vieux pères, pardon, partez.  »

« En démocratie, la politique est l’art de faire croire au peuple qu’il gouverne ».  Louis Latzarus

 

Haria

AUTEUR: Haria Magah
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1 Commentaire pour “La démocratie de nos vieux pères”

  1. Kouékam Fabrice (1 Commentaires)

    Et l’exemple typique de cette démocratie de nos pères bien appliquée pour le bien être du peuple est celle que le président Biya a apportée au Cameroun qui lui dit merci.

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