De la Vénus Hottentot au Hip Hop : l’exploitation de l’image de la femme noire

Posté par le 04 mars 2010. inséré dans Musique, Potins et actu people, Races et minorites.

« La prostituée n’est pas comme le prétende les féministes la victime des hommes, mais leur conquérante, une hors-la-loi qui contrôle les chemins sexuels séparant nature et culture. Camille Paglia. »

Un jour, une jeune négresse callipyge du nom de Saartjie Baartman, en raison de ses particularités physiques fut tirée de son Afrique du sud natale pour servir d’objet de plaisirs sexuels de phénomène de foire dans les salons et musés occidentaux. Elle possédait une exceptionnelle cambrure de reins et un fessier rebondi contrastant avec la finesse de son buste aussi taillé qu’une guêpe, une morphologie sexuelle modifiée par des rites tribaux. Bref, le cocktail Molotov idéal pour embraser tous les fantasmes érotiques masculins et favoriser les actes les plus ignobles qui soient. Pour l’Europe, pour les badauds dont elle suscitait la curiosité malsaine, elle fut surnommée « la vénus Hottentote ». C’est ainsi que naquit la fabuleuse légende occidentale de la femme noire comme objet de plaisir et de distractions… ça, c’était en 1810.

Deux siècles plus tard, en 2010, …rien n’a changé ! Les femmes africaines, et noires en général, continuent d’être les victimes volontaires ou non de la misogynie et du sexisme ambiant. La faute à qui ? A elles mêmes. Que l’on soit en Occident ou en Afrique, les femmes noires continues de projeter aux yeux du monde l’image de poupées exotiques, toutes justes bonnes à jouer les boniches sans cervelle ou les accessoires érotiques que même les jeunes actrices x polonaises seraient jalouses.

Il faut vivre à l’étranger pour s’en rendre compte. Des banlieues de Paris à NY, en passant par Londres et Berlin, La plupart des filles noires ne s’illustrent que par leur mode vestimentaire extravagantes, et leur touffe capillaire semblable à un casque de moto, pales copies des Beyonce, Rihanna, ou toute autre star afro-américaine du show-biz.

– “Qu’avez vous ma soeur… vous avez mal au cou? Avez-vous eu un accident?”

– Non. C’est juste ma tête toute entière qui lutte contre le vent pour empêcher mon « lace front » de s’envoler.

– (Connasse!)

Weiner a raison sur le fait que le développement de la culture hip hop a réduit les femmes à de belle, lunes en orbite autour d’artistes masculins. Cependant, il n’y a pas que le hip-hop ! je crois que le capitalisme et le sexisme sont très à l’origine de cette évolution. Comment le capitalisme est-il entré en jeu?

Ce que les critiques de la culture hip-hop, qui pourraient ne pas savoir que les trémoussements de la hanche et du bassin sont connus depuis un certain temps, c’est que le hip-hop n’a toujours été ainsi. La culture noire possède une riche diversité. Vous avez quelques personnes qui font de la musique de night club, comme LL Cool J (ou les Magic system en France), d’autres comme KRS-One et Public Enemy, qui instruisent à travers leurs textes, certains comme 50 Cent font du rap gangsta, d’autres encore, comme DJ Jazzy Jeff et Fresh Prince, qui nous font rire, et d’autres qui disent juste ce qu’ils ressentent (Diam’s). Voilà les faits.

Mais, Il fut un temps dans le hip hop où l’on ne trouvait à peu près rien à redire. Dans ce laps de temps, les maisons de disques n’avaient toujours pas compris comment faire de l’argent à partir du hip-hop. Parce qu’il n’y avait à l’époque pas encore de formule toute faite, la créativité a régné, et des chansons sur tout et n’importe quelle chose imaginables ont été faites. Cela signifiait que tous les arrivants – notamment les femmes – pouvaient trouver une place à la table de la créativité. Mais malheureusement, l’industrie l’a finalement trouvée la formule magique. La formule étant de prendre n’importe quelle chanteuse populaire du moment, de la rendre « marketable », et demander à chaque artiste de copier cette personne. Les Rihanna et consors étaient nées ! Voilà mesdemoiselles ! Vous n’êtes rien d’autre que des pales copies de ces purs produits, issus de cette grande usine qu’est le show-biz. Actuellement, le modèle marketing dominant est celle d’un gars qui a connu la rue, qui a été en prison plusieurs fois, a vendu de la drogue, ou a été confronté à la violence et aux armes à feu à plusieurs reprises. Les exceptions à cette règle – comme Kanye West et Outkast – sont traités en étant commercialisés principalement comme des artistes pop. Pour les artistes femmes, cela signifie plus de place à la table – la réservation a été annulée. Fini les girls Power…

Alors que le hip hop a toujours célébré le masculin, il est devenu difficile pour une femme de coller de manière réaliste à cette hypermasculinité nouvelle. Si 50 Cent s’est fait tirer dessus à neuf reprises, ça prouve qu’il n’est pas seulement un homme, mais un homme fort, un «vrai» homme – presque un surhomme. Si une femme se fait tirer dessus à neuf reprises, ça prouve . . . quoi exactement? Le fait que la réponse à cette question soit difficile à trouver en dit long sur la façon dont les femmes et les hommes violents sont omniprésentes dans notre société. La violence masculine est tacitement acceptée, presque encouragé, mais l’agressivité des femmes est un non-sens… Même les femmes noires, qui sont habituellement considérés comme moins «féminine» que leurs consœurs, ont du mal à sortir de cette binaire difficile.

Mesdemoiselles, sachez que la société actuelle est fondamentalement sexiste, et qu’elle sera pour un bon moment encore. Alors la seule chose qui compte, la seule chose qu’il faut rechercher, Que dis-je ? Qu’il faut arracher ; c’est le respect. Le respect ne se donne pas, il se prend. Les femmes black représentaient et représentent toujours une grande partie de la diaspora. We should try to “take back the respect”. Mais jusqu’à ce que les détenteurs actuels du système estiment que cette formule particulière a perdu sa saveur, les femmes noires continueront d’être davantage marginalisées pour le Proche – et peut-être lointain – futur. A moins de refuser de rentrer dans le moule ; à moins de vous fabriquer votre propre moule.

I'm just a African Entrepreneur, Economist & Businessman. My personal mission statement: build an empire, aspire to inspire, leave a legacy, and change the world.
AUTEUR: Neo
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8 Commentaires pour “De la Vénus Hottentot au Hip Hop : l’exploitation de l’image de la femme noire”

  1. lysandre (1 Commentaires)

    Salut Néo,

    je viens de découvrir ton site, et cet article en particulier; bien que je sois d’accord avec ton analyse du sujet, la phrase « Mesdemoiselles, sachez que la société actuelle est fondamentalement sexiste, et qu’elle sera pour un bon moment encore. » me dérange un peu car la majorité des sociétés ont toujours été patriarcale (ce n’est pas propre à la société actuelle) et il ne tient qu’à nous tous (hommes,femmes,enfants) de le changer; nous ne se sommes pas obligé d’attendre longtemps pour que ça change. En se battant, non pas seulement pour le respect, mais surtout pour l’égalité entre humaines, car c’est bien de la dignité humaine dont parle aussi ton article.

    Parler de la condition des femmes noires est réducteur, car je ne pense pas qu’il soit bon d’être une femme en chine par exemple (ou les bébés de sexe féminin sont avortés), ou une femme en amérique dans certains pays d’amérique latine (où des gamines de 10 ans, voire moins se retrouve à tappiner)….

    Et Juste comme ça, sur certains chanteurs hip ou rap, ça me fait doucement rigoler, d’entendre ces mecs placer le mot « respect » toutes les 2 phrases dans leurs textes et de montrer une image avilissante de la femme, il n’y aurait pas comme une contradiction là ? Car bien que tout le mouvement hip/hop ne soit pas comme ça (fort heureusement), c’est cette image qui est projettée à la société.

  2. Neo (110 Commentaires)

    @ Lysandre,

    Effectivement le sexisme n’est pas le propre de la société actuelle uniquement; mais la plus grande hypocrisie de notre temps est de recouvrer ce sexisme du voile de l’égalité. Sous le couvert de l’égalité et de la démocratie, le capitalisme a rendu les discriminations plus sournoises encore, et difficilement détectable…

    Et a propos des femmes noires, j’en parle parce que ce sont celles que je connais le mieux. Je ne prétends nullement que le sort des femmes Philippines ou Latinos est enviable.

  3. florian lavoux (1 Commentaires)

    merci pour la séquencev idéo !

  4. H4ck3r (1 Commentaires)

    je viens de découvrir ton site, et cet article en particulier; bien que je sois d’accord avec ton analyse du sujet, la phrase « Mesdemoiselles, sachez que la société actuelle est fondamentalement sexiste, et qu’elle sera pour un bon moment encore. » me dérange un peu car la majorité des sociétés ont toujours été patriarcale (ce n’est pas propre à la société actuelle) et il ne tient qu’à nous tous (hommes,femmes,enfants) de le changer; nous ne se sommes pas obligé d’attendre longtemps pour que ça change. En se battant, non pas seulement pour le respect, mais surtout pour l’égalité entre humaines, car c’est bien de la dignité humaine dont parle aussi ton article.
    +1

  5. BLACKBYBLE (6 Commentaires)

    Intéressant ce sujet. J’ai toujours été choqué par la non réaction face à cela.
    Par contre je trouve dommage que tu ne sois pas aller plus loin dans ton article. Surtout qu’à la lecture du titre je m’attendais à tout autre chose.

    De la Vénus Hottentot au Hip Hop : l’exploitation de l’image de la femme noire

    Tout d’abord tu semble comparer la Vénus Hottentot aux « ladies » du Hip Hop.
    Dans les deux cas L’objectif de l’utilisation n’est pas la même a priori..

    Puis « l’exploitation » de l’image de la femme noire
    –> Exploitation par qui??
    –> C’est l’image de la femme noire qui est apparamment mis à mal.

    Je vais developper par la suite…

    Pour en revenir au délire hip hop, il y a une image d’un clip US qui m’a marqué l’esprit. Il y avait une femme afroaméricaine a quatre pattes tenu en laisse par un homme noir.

    La première chose que j’ai pensé :

    1/Comment une femme peut-elle se rabaisser à ce point?
    Les pistes à explorer sont peut-être l’appât du gain dans un pays ou l’extrême richesse côtoient l’extrême pauvreté certaines sont prêtes à ravaler leur fierté et jouer les bimbos pour payer leur factures (étant donné qu’elles n’ont pas les qualifications requises pour certains postes mais qu’elles refusent de faire le trotoire, C’était le cas de certaines femmes suivies ds un reportage sur MTV Base) nb: elle pourraient peut être exercer d’autres métiers, mais l’argent facile..
    D’autres sont avides de notoriété, sachant que certaines VIXEN girl sont devenues de vrai pdg par la suite avec le portefeuille qui va avec..

    2/Comment un homme noir peut-il rabaisser une femme noire à ce point?
    Cela fait vendre, leur assure l’image d’un mec viril et il y a en prime la garantie que les hommes viendront se rincer l’oeil donc forcemment niveau marketing des proies faciles sont atteintes.
    Mais qui sont les réalisateurs de clips? Blanc ou noirs?
    D’ailleurs Florian dans un comm’ précédent dit « merci pour la séquence vidéo !
    C’est tellement facile de les attirer hein…
    La femme noire n’est alors qu’un produit marketing comme un autre?
    Les rappeurs ne sont-ils pas complices et investigateurs des stéréotypes liés à la femme noire?

    3/Comment la société et les médias peuvent-ils tolérés cela.
    A l’heure ou le mot fuck, un doigt d’honneur sont censurés à la TV. Ces images fleurtant dangeureusement avec la pornographie passent comme une lettre à la poste.
    Je me souviens qu’une pub pour femmes avait déclenché un tollé chez les féministes (qui trouvait que cela était une dégradation de l’image de la femme) puis cette pub avait été retirée et remplacé entre autres par un homme blanc nu posant en escarpin l’affiche avait pour slogan « Aucun corps de femme n’a été exploité dans cette publicité ».

    Très récemment une autre pub Eram a déclenché l’ire des féministes.
    Encore récemment personne n’a échappé aux débats sur la burqua qui est interdit pour cause d’oppression des femmes, dignité, respect de la femme.
    Ni putes, ni soumises était d’ailleurs sur le front

    Pourquoi tout ce blabla? Mais pourquoi tout ces gens ne s’offusquent pas de la « condition » de l’image véhiculé par la femme NOIRE dans ces clips largemment diffusés???

    Moi c’est la question que je me pose?!

    Alors oui l’image de la femme noire est exploité, mais c’est juste car TOUS le veulent bien et restent passifs….
    N’a t-elle aucune valeur à leurs yeux???

    Je me suis toujours demandé si un rappeur ou chanteur blanc attachait une femme blanche ou la traitait comme le sont les femmes noires dans les clips ce qui se passerait.
    Pire si une femme blanche était tenu en laisse par un noir..
    Ou encore pire si une femme noire était tenue en laisse par un homme blanc?
    Je parie sur la censure, voir attaque en justice alors que pour la femme noire c’est bah… normal on dirait bien!

    Et oui tant que cela reste entre noir hein…

  6. mystermask (2 Commentaires)

    Bonsoir,

    je viens de tomber sur ce site en cherchant à m’informer sur al place de la femme dans l’industrie musicale. D’abords l’article est intèressant et la séquence vidéo également, de plus je suis d’accord. J’ai toujours été choqué par le manque de réaction face à l’exploitation des femmes dans les clips musicaux (partout ailleurs également, films, travail, etc…).

    De plus les clips vidéos passent souvent sur plétores des chaines de télévision et internet, ce qui fait nombres de jeunes filles et garçons se fabriquent une si mahnifique image de la femme objet qui est si voluptueusement représenté par ces jeunes blacks (également blanches, asiatiques, etc… parfois).

    Quoiqu’il en soit je dois avouer qu’en temps qu’homme, ces filles representent le fantasme de la plupart des garçons.

  7. beginingbeganan (10 Commentaires)

    blackbyle pourquoi tu ecrit un commentaire aussi long???? la prochaine fois ecrit directement un article !

  8. Lou (1 Commentaires)

    Je suis d’accord avec l’analyse, mais les desirs sexuels de l’homme blanc pour la femme noire ne datent pas de 1810. Les femmes esclaves noires par exemple n’ont pas attendu 1810 pour se faire violer par les hommes blancs !

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