Jazz et vin de palme, un livre dans ma vie

Posté par le 19 juillet 2012. inséré dans A la Une, Littérature.

L’écrivain congolais Emmanuel Dongala

Jazz et vin de palme. Je ne puis dire combien de fois j’ai déjà relu ce recueil de huit nouvelles paru chez Le Serpent à plumes en France en 1996. Il m’a été offert à quelques jours de mon Brevet d’Etudes du Premier Cycle, en 1999, par mon père, suite à une dictée – la redoutable épreuve de Dictée-Questions – tirée de la troisième nouvelle du recueil, Le Procès du Père Likibi.

Emmanuel Dongala fait voyager le lecteur d’abord dans les tréfonds d’un Congo postindépendance ployant sous un communisme qu’il dépeint avec l’humour et la verve caustique qui le caractérisent, un Congo partagé entre traditions et modernisme, écartelée entre les séquelles de la colonisation occidentale, les stigmates de l’impérialisme donc, et un socialisme dit scientifique ridicule à la limite du loufoque, ensuite aux Etats-Unis, où il évoque de chauds souvenirs de New York, sur fond de Jazz, une occasion pour évoquer sa rencontre avec le saxophoniste noir américain John Coltrane et rendre hommage à ce dernier.

La nouvelle qui m’a particulièrement toujours marqué dans le recueil est la seconde, Une journée dans la vie d’Augustine Amaya. L’histoire d’une femme congolaise délaissée avec ses six enfants par son mari, trimbalée, pour une histoire de carte d’identité perdue, dans l’administration congolaise par des fonctionnaires impitoyables. Le tableau est sombre. La faiblesse avouée de la courageuse femme contrastant avec les brimades d’une société phallocrate, les matoiseries et travers d’une administration aussi suffisante que pourrie. On y retrouve le pénible quotidien de nos pauvres mères et sœurs du Congo, du Cameroun, du Gabon, du Togo, du Tchad, de la Guinée, du Sénégal… Mais l’humour de Dongola réussit à le rendre gai, on se surprend en train de rire devant la cocasserie de certaines scènes :

« - Qu’est-ce que tu veux ?

- Je reviens au sujet de ma carte d’identité que vous avez perdue.

- Je n’ai rien perdu du tout, tonna-t-il – le fonctionnaire -, tout cela est arrivé par votre propre négligence.

- Ce sont vos services qui nous ont demandé de laisser les cartes et…

- Et quoi encore ? Vous n’avez qu’à ne pas respecter à des ordres absurdes ! »

Une pauvre commerçante qui peut oser ne pas respecter aux ordres de la toute-puissante administration – socialiste scientifique de surcroît ! -, soi-disant qu’elle les trouve absurdes !

La force d’Emmanuel Dongala, arriver à peindre l’Afrique désillusionnée et naufragée d’après les indépendances avec amour et humour, une méticulosité incroyable en bandoulière. Ses autres livres, notamment Un Fusil dans la main un poème dans la poche, Johnny Chien méchant, et son tout dernier, Photo de groupe au bord du fleuve, l’illustrent si bien. L’Afrique, le Congo écrit dans toute son horreur, toutes ses peurs, tous ses échecs… rien qu’avec truculence. Une plume qui plaît, instruit, informe, dénonce, en faisant rire.

Dongala est à Mabanckou ce qu’est Jean-Baptiste à Jésus, le précurseur. L’un des auteurs que m’a conseillés l’écrivain et universitaire togolais Kangni Alem, en mai passé à Lomé, quand il me parlait de la nécessité pour les écrivains africains francophones à arriver à transformer leurs villes et villages en tableaux de fiction – ce que réussissent si bien les auteurs africains anglophones -, à créer de l’imaginaire à partir de leurs entourages réels, au lieu de toujours chercher à placer leurs récits dans des décors inventés.

S’il y a bien une œuvre africaine qui m’a donné envie d’écrire des nouvelles, genre que j’ai connu à douze ans en sixième avec Tribaliques d’Henri Lopes – une autre référence du Congo, genre dans lequel je me retrouve le plus aujourd’hui avec le roman, c’est sans aucun doute Jazz et vin de palme. Un trésor littéraire. Un vrai.

Jazz et vin de palme (Poche)
Par Emmanuel Dongala

Prix: EUR 7,79

Resume:
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Né en 1983 à Tsévié, au sud du Togo, Yao David Kpelly vit, étudie et enseigne le Marketing et la Communication à Bamako, au Mali. Il signe des contributions dans des journaux en ligne comme koaci.com, icilome.com, togocity.com, Terenga Vision Medias, et est blogueur sur la plateforme Mondoblog de la Radio France internationale, RFI. Auteur de quatre recueils de nouvelles aux Editions Edilivre en France, il est lauréat du Prix littéraire France-Togo 2010.
AUTEUR: Kpelly
Kpelly a publié 8 articles sur Angazamag. Voir tous ses articles.
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