Entretien avec Birgit Pape Thoma, une white parmi les black

Posté par le 13 février 2013. inséré dans A la Une, Littérature, News.

Birgit Pape-Thoma

Birgit Pape-Thoma / Credit photo : ©Francis Beidi

Aujourd’hui, nous recevons une  nouvelle invitée sur Angazamag, en la personne de Birgit Pape-Thoma. Birgit Pape-Thoma est auteur de nouvelles et de livres pour enfants. Suite au succès de son festival afro-carribéen organisé en Allemagne il ya quelques années,  elle s’est lancé dans l’étude des cultures et civilisations noires.  Birgit revient avec nous sur ses œuvres, son parcours, et nous fait part de son expérience de la culture.

– Qui est Birgit Pape-Thoma? Peux-tu te présenter aux lecteurs d’Angazamag?

Je suis Allemande, née à Hambourg dans le nord de l’Allemagne. Je suis journaliste, je travaille dans la communication et je suis auteur de livres pour enfants et, depuis peu, pour adultes.

– Et si tu nous parlais un peu de tes livres?

Mon premier livre en français, « Ti Jojo au Pays des tomates multicolores »,  est un album qui s’adresse aux enfants en bas âge, paru fin 2008.

Le livre intitulé « Moments » qui est paru l’année passée est un recueil de courts récits. Cette fois-ci, je m’adresse à un public adulte. Il s’agit des amuse-gueules littéraires. Je les ai nommé « Moments » parce qu’ils reflètent juste de petits instants de la vie. Le peintre et dessinateur Guadeloupéen Romain Ganer a réalisé quelques illustrations poétiques pour ce livre. Très joli !

Egalement en 2013, un documentaire jeunesse sur l’Allemagne est paru aux Editions GRANDIR. Et avec le très talentueux dessinateur congolais Alain Kojelé je suis en train de réaliser une BD pour enfants.

– Si j’ai bien compris, « Ti Jojo au pays des Tomates multicolores », ta première œuvre, est une BD destinée à parler de racisme et de diversité aux enfants de moins de 6ans. D’où t’es venue l’idée de réaliser cette BD ?

« Ti Jojo au Pays des tomates multicolores » parle du racisme non pas entre humains mais entre tomates ! C’est l’histoire de TiJojo, un petit garçon qui habite au Pays des tomates rouges où toutes les tomates sont rouges, sauf  TiJojo qui est jaune. Tu peux imaginer ses soucis… En fait, à l’époque j’étais très active au forum du site afrik.com. Il y avait une bonne ambiance et un jour, un des participants m’avait présenté sa fille, agée de 3 ans à l’époque. Elle m’avait choisie comme Tati et elle voulait que je lui raconte une jolie histoire. Donc, l’histoire de TiJojo fut créee pour cette fille adorable. A l’époque, mon mari cultivait des tomates multicolores, 29 variétés différentes, et ces tomates étaient ma source d’inspiration. Et comme j’ai beaucoup d’amis africains et antillais qui ont subit des discriminations en Europe, l’idée de parler du racisme m’est venu automatiquement.

Ti Jojo au Pays des Tomates Multicolores (Album)
Par Birgit Pape-Thoma

Prix: EUR 8,57

Resume:
******

– Qu’est ce qui explique à ton avis ce constat selon lequel près de 80% des parents blancs n’ont jamais abordé la question de la diversité et de la tolérance avec leurs enfants?

Je ne connaissais pas cette statistique. Mais ça  ne m’étonne pas : les parents ferment les yeux et pensent que les discriminations ne concernent pas leur progéniture. Or, c’est faux ! Premièrement parce qu’on n’est jamais exclut des discriminations, même si cela n’est pas toujours une question de racisme. Il suffit d’être un peu différent de la majorité pour être cible des brimades, plus petit, plus grand, handicapé, ne parlant pas la même langue que les autres etc. Pour cela mon livre est important : l’histoire ne se déroule pas entre humains mais entre tomates. Donc, les enfants peuvent bien s’identifier au le pauvre Ti Jojo qui est différent des autres. Et il y a un autre aspect qui est très important : la question du courage civique. Il faut apprendre aux enfants à ne jamais fermer les yeux si l’on est témoin des discriminations ! C’est très important !

birgit

– Je constate que tu sembles très imprégnée de culture et de littératures africaines et caribéennes. D’où viens cet intérêt pour les noir(e)s ?

J’aime bien cette expression « imprégnée » ! Comment as-tu pu remarquer que je suis imprégnée par les cultures noires ?

-Bah, en discutant avec toi, je constate que tu fais beaucoup référence à des auteurs africains comme Francis Bebey, Alain Mabanckou, etc…. De plus, tu sembles avoir une assez bonne connaissance de concepts politiques et culturels, comme la zaïrianisation de Mobutu. C’est assez étonnant pour quelqu’un qui n’a pas fait d’études de civilisations à l’université.

Merci pour le compliment ! Oui, c’est vrai, je vis ces cultures, ça fait partie de ma vie de tous les jours. En fait, c’est une longue histoire. Pour la raccourcir : Mon amitié avec une famille antillaise à Paris où j’avais fait un stage, m’a emmené en Martinique. Et de là, l’Afrique n’est pas vraiment loin… En tout cas, dès que je suis parvenue à lire couramment le français  j’ai d’abord découvert la littérature antillaise et haïtienne, puis les livres des auteurs africains. J’ai eu beaucoup de contacts avec des auteurs (j’en ai toujours), des amitiés se sont forgées, et pas uniquement avec des littéraires. Entre temps, j’ai d’avantage d’ami(e)s noir(e)s que blanc(he)s ! Je ne sais pas pourquoi, mais en France où je suis souvent, je rentre plus vite en contact avec des Africains et Antillais qu’avec des Français métropolitains. On est plus vite sur les mêmes ondes !

– Comment est perçue une blanche qui s’intéresse autant aux noirs ?  Que réponds-tu aux afrocentristes, kémites, et autres qui sont souvent hostiles à la présence d’occidentaux dans des colloques afro?

Il m’arrive d’être avec des kémites sur des colloques. Là, j’ai remarqué qu’au début, ils affichent une attitude un peu réservée envers moi. Mais dès que je leur cause avec mon accent nord-allemand ça change. J’ai l’impression que ça les rends plus curieux envers moi. D’ailleurs, j’ai des amis kémites. Ils m’ont jamais reproché quoi que ce soit. Peut-être parce qu’ils ont constaté que je me  mêle  pas aux  « trucs de Noirs ». Ce que je fais est universel : Je suis ouverte, j’écoute, j’ouvre mes yeux et, le plus important, je rencontre les gens avec respect. J’ai moi-même horreur des paternalistes qui sont convaincus de tout mieux savoir que les concernés eux même !

– Et que penses-tu de l’Afrique et des peuples africains aujourd’hui ? Et par extensions, comment vois-tu l’évolution des relations économiques, politiques et culturelles entre l’Europe et ce continent ?

Le Continent africain est en plein effervescence. Africa is the future, il n’y a pas de photo ! Et de plus en plus de gens le comprennent ! Si l’on suit un peu la presse économique on tombe souvent sur des articles qui parlent des investissements en Afrique et de bonnes performances  à venir dans les prochaines décennies. En plus, depuis que la Chine s’intéresse à l’Afrique, les Africains ont un choix des partenaires économiques : D’ores et déjà, ils sont en mesure de dire « non ! » et dicter les conditions de collaboration ! Malheureusement, c’est pas toujours le cas. Mais je suis sûre que ça va changer car la jeune génération actuelle n’est plus disposée à ce que les autres décident sur leur avenir. La dynamique du développement économique africain à l’heure actuelle est comparable à celle de la Chine, de l’Inde ou du Brésil il y a 20 ans. Et l’Afrique est jeune ! D’ailleurs je suis convaincue que les femmes joueraient un grand rôle dans ce mouvement : Les femmes africaines sont fortes et fières et revendiquent leur place même dans des domaines longtemps occupés par les hommes, comme dans les Nouvelles Technologies par exemple.  Les Pays occidentaux doivent comprendre qu’il faut collaborer avec les Pays africains, et cela comme des partenaires égaux !

– Et tu n’as pas peur du cliché de la blanche bobo amoureuse d’une certaine idée de l’Afrique?

Tu parles quelle idée de l’Afrique ?

-Tu sais, je parle de ces occidentaux bien-pensants (souvent humanistes mais naïfs) qui éprouvent de besoin irrépressible de quitter leur petit cocon aller faire de l’humanitaire dans le tiers-monde. Qui viennent en Afrique et qui trouvent tout magnifique, elles mettent un pied sur le sol africain et waouh c’est une révélation. Elles rêvent de partir vivre en brousse, d’aider les pauvres  « nenfants » des rues…

Ok, je comprends. Premièrement, je ne suis pas une « blanche bobo ». Puis, comme je viens de dire, je n’aime pas les blancs paternalistes ni les arrogants. Et tu n’entendrais jamais la phrase « j’aime l’Afrique » de ma bouche. Parce que, en fait, ça veut dire quoi ? Comment peux-je affirmer d’aimer un si vaste continent dont je ne connais que des miettes ? Et on aime quoi : les paysages, les gens, les cultures, les politiques ou quoi encore ? Ou, comme beaucoup d’expats occidentaux, on aime peut-être sa vie en Afrique, une vie confortable où le contact avec la population locale se limite à ses domestiques. Ah non, c’est pas mon truc ! D’ailleurs, je ne dirais non plus « j’aime l’Europe » et  même pas « j’aime l’Allemagne ». Et quand je vais en Afrique, je n’y suis jamais en tant que touriste ni humanitaire. Je suis avec les gens, non à coté d’eux. Mes séjours au Cameroun, par exemple, sont pleins de rencontres avec des Camers, des ami(e)s, des écrivains, des musiciens ou d’autres  artistes,  je fais la lecture aux enfants, etc. Et je travaille avec des médias, bref mes rencontres sont toujours très intéressantes et enrichissantes. Lors de mon dernier séjour au Cameroun en janvier 2013, j’ai eu une superbe lecture-spectacle de neuf de mes « Moments » (des courts-récits) avec l’artiste David Noundji et le musicien Sylvain Noa Mbassi.  Et j’ai eu une intervention concernant mon livre sur l’Allemagne au plus grand lycée du Cameroun. Tu peux imaginer que ses contacts, ses échanges culturels  sont beaucoup plus enrichissant que du simple tourisme ! J’apprends beaucoup et je pense que pour mes amis camers c’est intéressant aussi. D’ailleurs, je vais écrire un scénario BD sur mes voyages au « mboa ». Il y aura des scènes très amusantes et comiques ! C’était l’idée du bédéiste Yannick Deubou Sikoué qui a envie d’en faire une BD. On verra…

 – Quel est le livre (ou l’auteur) qui t’as le plus appris ?

Oulala, c’est difficile ! Dans toute ma vie, j’ai lu à peu près 1.500 livres. Et il en y avait quelques uns qui m’ont appris des choses. Dans le contexte africain c’était certainement « La France contre l’Afrique » de Mongo Beti qui était ma première lecture non-fiction en langue française, en 1994. Ce livre qui est toujours d’une actualité hallucinante m’a beaucoup influencé. Quelques années plus tard, vers 2000,  un recueil d’essaies des scientifiques comme Tabitha Mulyampiti, Kum’a Ndumbe III et Rasheed Akinyem sur les identités africaines m’a beaucoup appris. C’était en allemand. Sinon, j’ai encore beaucoup à lire, des tas de livres non-lus m’attends ! Parmi ces livres se trouvent certainement quelques diamants littéraires.

– Et pour finir, si tu avais un souhait à formuler, ce serait lequel ?

Je souhaite que le racisme disparaisse définitivement de ce monde ! Qu’on ne discrimine plus des minorités. Mais je sais que ce souhait ne se réalise jamais. Donc, je formule des souhaits très personnel et réalisable : Je voudrais rester en bonne santé pour que je puisse encore voyager, en Afrique et ailleurs. Je souhaite que mes livres trouvent des lecteurs satisfaits et que je réalise encore d’autres livres qui plaisent aux gens. Voilà, c’est tout.

Merci d’avoir répondu à nos questions.

C’est moi qui remercie Angazamag pour cette tribune.

Pour en savoir plus sur Birgit Pape-Thoma

son site : http://bpapethoma.jimdo.com/


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