De la tradition orale à la littérature moderne africaine

Posté par le 25 novembre 2013. inséré dans A la Une, Afrique, Littérature.

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Est-ce que l’histoire commence avec l’écriture? Ce débat a été réglé il y a quelques années, mais aujourd’hui encore, nombreux sont ceux là qui pensent que l’Histoire commence avec l’écriture. On donne une grande importance à l’écriture car pour moi c’est un moyen de comparer les civilisations, comme nous l’a fait remarquer l’ancien ministre Claude Guéant. Mais ça c’est un autre débat. La société africaine est une société qui accorde une grande place à la parole et aux sens des mots, on parle de tradition orale.

Dans un rapport de l’UNESCO, la tradition orale prend en compte deux réalités : la tradition et l’oralité. La tradition est ce qui se transmet de manière vivante, par la parole, l’écriture, ou les manières de vivre. La finalité de la tradition est de servir le présent. Sinon, on parle de souvenirs. Selon le même rapport l’oralité qui caractérise les sociétés africaines, est un moyen de communication, mais aussi de transmission.

Pendant longtemps on a cru que la tradition orale, ne pouvait être admise comme littérature. Parce qu’elle s’enrichit au cours du temps des évolutions de la société, elle n’a pas le caractère statique qu’on confère aux écrits. Plusieurs chercheurs comme Canu Gaston ou encore Eno Belinga ont défini la littérature orale comme étant l’expression esthétique par voix orale des valeurs sociales d’un peuple transmises sur des générations.

La tradition orale ne doit pas être vue comme l’absence d’écriture, ce qui serait plutôt réducteur, surtout que cette tradition a été retransmise dans des écrits, comme les contes, les proverbes, les devinettes, mais aussi dans les différentes expressions de l’art. Tout d’abord rappelons que l’oralité est propre a toutes les cultures humaines. Les contes et légendes existent dans tous les peuples. La seule différence est que tous les peuples n’ont pas adoptés l’écriture, ou plutôt une forme d’écriture au même moment. De ce constat a été définis un schéma universel pour tous les mythes, contes et légendes du monde.

Les manifestations de la tradition orale africaine les plus connues et étudiés en Occident restent les récits, les mythes, légendes ou encore les contes folkloriques. Ces formes de littérature orale étaient d’abord utilisés à des fins anthropologiques et ethnologiques. C’est dans ce cadre que les plus grandes collections ont été rassemblées. La tradition orale ou littérature orale est aussi composée d’autres formes d’expressions, comme les proverbes, les devinettes, les textes des chansons, le théâtre, et bien d’autres. Cette littérature remplit plusieurs fonctions dans les sociétés africaine. Elle permet de conserver les traditions, mais aussi de distraire, d’éduquer. On y ajoute aussi des fonctions psychologiques pour le maintien de la paix et la cohésion des sociétés.

Jusqu’à l’arrivée de l’écriture (qui est d’abord arrivée avec l’islam), on parle plutôt de littérature orale, qui comme nous l’avons expliqué est l’ensemble des manifestations de la tradition orale. Avec l’arrivée de l’écriture, on passe de la tradition orale à la littérature dite moderne, privilégiant l’écriture. Comment est-ce que les deux traditions vont survivre ?

Quelles sont les évolutions provoquées par cette littérature moderne ?

On a tous appris à un moment de notre histoire que l’histoire de toute civilisation commence avec l’écriture. Ce fut d’ailleurs une des raisons évoquées pour la colonisation. Il est vrai que la société africaine est plutôt une société dite orale. Toutefois c’est une des sociétés dans laquelle le poids, le sens et l’importance des mots sont essentiels. Quand on comprends et on prend la mesure des mots, que ce soit par la parole ou les écrits quelque part on a compris le sens de la littérature. Après tout les grands auteurs qui servent de références dans les sociétés occidentales (Rousseau, Voltaire ou encore Victor Hugo) sont appréciés à cause de leur maniement du verbe.

Les historiens s’accordent pour dire que l’écriture s’est vraiment ancrée sur le continent vers l’an mille avec l’expansion de la culture arabe, bien que des recherches archéologiques ont prouvé que l’Afrique de l’Est était en contact avec les grands Empires d’Asie (Chine, Inde, Afghanistan), mais aussi le moyen Orient bien avant l’an mille. Ces découvertes nous apprennent que l’Afrique a été au contact de l’écriture sans doute bien plut tôt que ce qui est admis.

Antar ( Antara Ibn Shaddad al-Absi) est un poète afro-arabe mort en 615, qui a écrit un récit, Le Roman d’Antar, qui a été reédité au XIXème siècle. On connait aussi d’autres poètes noirs, afro-arabe ou afro-persan, comme Abu Dulama ibn al-jaun mort en 777.

Pendant l’esclavage, des poètes africains (anciens esclaves affranchis) ont été reconnus dans toutes l’Europe et aux Amériques comme Juan Latino (née en Guinée), qui écrivait en latin et Alphonso Alvares le premier à écrire dans une langue européenne, le portugais. En 1789 « The Interresting Narrative of the life of Olaudah Equiano or Gustavus vassa the African Olaudah Equiano » est le premier récit d’exil écrit en langue européenne (anglais) par un africain. Cette autobiographie traduite en français sous le titre « La véritable histoire d’Olaudah Equiano », décrit son enfance en Afrique mais aussi l’esclavage, il nous fait voyager sur les trois continents, de son pays natal aux Amériques puis en Europe comme pendant le commerce triangulaire.

Pendant tous ce temps qu’en est-il de la littérature sur le continent? Car les auteurs cités précédemment s’exprimaient soit dans une langue européenne, soit en arabe. Tout d’abord on a les manuscrits de Tombouctou, écrits en peul et en arabe, certains datent de l’époque préislamique. On a aussi un manuscrit en swahili « Ubendi wa tambuka » (le poète épique de Tambuka), daté de 1728.

Au XIXè siècle il eut divers œuvres africaines, de la poésie en Xhosa (langue d’Afrique du sud), avec des auteurs comme Samuel E.K. Mqhayi (1875-1945) qui a écrit plusieurs livres sur la poésie et la prose xhosa. D’autres auteurs comme Caetano da Costa Alegre de Sao Tomé, ou Joaquim Dias Cordeiro da Matta ont dès lors commencé à populariser la littérature africaine, qu’ils ont fait évoluer vers la littérature contemporaine plus proche de ce qui se faisait en Occident à la même période.

étudiante en médiation culturelle je souhaite partager avec tout le monde ma passion pour la culture et mon amour du continent africain.
AUTEUR: Hahn SIKI
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