Ma critique du film « Lincoln » de Steven Spielberg, un autre film de « Sauveur Blanc »

Posté par le 31 janvier 2013. inséré dans A la Une, Cinema, News.

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« Lincoln » (sorti en France le 30 Janvier 2013) est un film américain de Steven Spielberg à propos de l’adoption du treizième amendement de la constitution américaine, celui qui a aboli l’esclavage aux Etats Unis. Il met à l’affiche les acteurs Daniel Day-Lewis dans le rôle du président Abraham Lincoln, Sally Field dans celui de sa femme et Tommy Lee Jones dans le role du représentant républicain du Congrès Thaddeus Stevens. La métisse canado-jamaicaine Gloria Reuben joue Elizabeth Keckley, la couturière et amie de Mme Lincoln.

Résumé: Le film est une sorte de « The Help (la couleur des sentiments) » en version costumée – bien que Daniel Day-Lewis crève l’écran dans le rôle de Lincoln.

Meilleure scène: Lorsque Gloria Reuben dit à Abraham Lincoln:

« Les Blancs ne veulent pas de nous ici – aucun d’entre eux. Et vous? »

Comme dans « la couleur des sentiments », la société de production « Participant Media » qui a produit le film classe ce dernier parmi ses films sur l’action sociale. Et comme dans « The Help » il réécrit l’histoire comme celle d’une personne blanche bien intentionnée, qui n’est absolument pas raciste, et qui aide les Noirs en luttant contre les autres racistes blancs – pendant que les Noirs restent largement au second plan.

Alors que « la couleur des sentiments » est truffé de personnages noirs, ce film de Spielbeg n’en a pratiquement aucun. Gloria Reuben est celle qui s’en approche le plus. Et elle apparait en 17e position au générique dans les crédits. C’est tout de même étonnant qu’un film sur la libération des esclaves soit fait et dans lequel pas un seul esclave y apparaît.

D’autre part il montre des soldats noirs dans la scène d’ouverture – Ainsi les nègres ici ne sont pas si impuissants et faibles que ça.

Bien que le film prenne grand soin à ce que Daniel Day-Lewis ressemble à Lincoln, parle et marche comme Lincoln, il déforme néanmoins la personnalité de Lincoln.

Dans la vie réelle Lincoln utilisait le terme « Nègre ». Le Lincoln de Spielberg ne le fait pas – même si d’autres dans le film le font.

Dans la vie réelle Lincoln a dit des choses comme:

… Il y a une différence physique entre les races blanche et noire qui, je crois, empêchera à jamais les deux races vivent ensemble dans des conditions d’égalité sociale et politique…Si je pouvais sauver l’Union et faire cesser la guerre sans libérer un seul esclave, je le ferais; si je ne pouvais la sauver qu’en les libérant tous, je le ferais aussi. Cela est ma position officielle et n’a rien à voir avec mes convictions personnelles…J’ai dit assez souvent que, selon moi, tous les hommes, partout, devaient être libres…

Lincoln de Spielberg ne dit jamais ce genre de choses. Il est pour l’égalité des droits! L’égalité absolue! Ce n’est plus l’histoire, mais la fantaisie. Abraham Lincoln était contre le fait de donner le droit de vote aux noirs, jusqu’aux derniers moments de sa vie; et même à ce moment là, il ne l’envisageait que pour les anciens combattants et les «très intelligents».

Dans la vie réelle Lincoln était pour la séparation ethnique. Il voulait rapatrier les Noirs après la guerre – jusqu’à ce que Frederick Douglass (qui n’est pas dans le film) lui parle et le fasse revoir son opinion.

Frederick Douglass 11 ans après la mort de Lincoln a dit:

« Le président Lincoln était un homme blanc, et partageait les préjugés communs à ses compatriotes envers la race noire. »

Le racisme n’est pas une affaire de quelques blancs égarés, comme dans un film hollywoodien. La plupart des Blancs ne sont pas fondamentalement bons et gentils comme ce film voudraient le faire croire. La plupart sont pleins de préjugés racistes, et moralement compromis. Lincoln n’était pas différent.

Ce qui distingue Lincoln, c’est qu’il a lutté contre son propre racisme, contre son penchant naturel, et fait ce qui était bien malgré tout. C’est l’histoire qui n’est pas racontée. Cette dernière serait beaucoup plus juste, beaucoup plus intéressante et beaucoup plus utile comme un modèle pour l’action sociale. Au lieu de cela nous avons encore affaire à un autre film bien-pensant et rassurant sur la fantaisie du gentil  « Sauveur Blanc ».

Abagond is my pen name. I am a computer programmer who has lived mostly in or near New York City. Although I tend to think of myself more individually, I am in fact part of the middle-class West Indians (the black English-speaking people from the Caribbean: Jamaica, Trinidad, Barbados, Grenada, Bahamas, Guyana, etc.).
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