Pourquoi Ethnicia, la franchise d’espaces beautés créée par Hapsatou Sy, est en difficulté financière?

Posté par le 14 mars 2013. inséré dans A la Une, Entrepreneurs, News.

ethnicia

Article mis à jour le 17/03/2013 à 17h.

Pour faire taire les rumeurs circulant sur les difficultés de son entreprise, l’entrepreneur Hapsatou Sy a décidé de prendre les devants. C’est ainsi qu’elle a choisi elle même d’annoncer dans un billet publié sur son blog aujourd’hui la mise en redressement judiciaire de sa société.

…À travers cette procédure prévue par la loi, je mets en œuvre tous les moyens qui permettrons à ma société de se restructurer et atteindre la rentabilité dès la fin de cette année 2013.

Créée en 2005, Ethnicia, renommée récement « Hapsatou Sy » du nom de sa fondatrice, est une marque d’espace de beauté global et sur mesure. S’adapter aux demandes des clientes, quel que soit leur type de peau, et proposer une gamme de prestations dans un même magasin, comme la coiffure, l’esthétique ou le maquillage : tel est le concept original d’Hapsatou Sy.

En croissance fulgurante, la société a réalisé un chiffre d’affaires de 6,7 millions d’euros en 2011, avec notamment l’ouverture de dizaines de franchises en peu partout en France. L’entrepreneur médiatisée et devenue un modèle de réussite issue de la diversité et fréquemment citée en exemple.

Un modèle de croissance risqué…

Sauf que cette croissance-éclair basée sur le modèle des franchises, n’est pas sans risque comme l’a appris la chef d’entreprise à ses dépends. Pour les novices, une franchise est un modèle de développement de points de ventes qui s’appuie sur un contrat spécifique entre deux parties : d’une part une entreprise ayant développé un concept original, rentable et duplicable (le franchiseur) et d’autres parts des personnes physiques ou morales juridiquement indépendantes (les franchisés) qui souhaitent exploiter le concept développé par le franchiseur. Aujourd’hui, de nombreuses chaines et de tous types de secteurs fonctionnent sous ce modèle : MC Donald, Mango, Jennyfer, Feu Vert, Intermarché, Foncia, etc. En clair, chaque gérant de magasin est avant tout un entrepreneur indépendant et non pas un salarié. Il doit savoir gérer son affaire au quotidien tant sur le plan comptable et commercial que sur celui du management de ses équipes. Pour intégrer le réseau, les coûts de création sont les mêmes pour l’entrepreneur qui crée son affaire (achat fond de commerce, droit au bail pour le local, travaux, achat de stocks, …) mais en plus il y a généralement un droit d’entrée à verser au franchiseur propriétaire de la marque, au titre de son étude de marché, de assistance à la création (sur tous les plans), de son assistance au démarrage et à la gestion de l’activité, de la notoriété de la marque connue donc profitera le franchisé dès l’ouverture de son magasin, etc. En plus de ces droits d’entrée, le franchisé verse régulièrement au franchiseur un pourcentage sur son chiffre d’affaire. Cette rétribution dure tant que l’enseigne ou la marque est exploitée.

C’est sur ce modèle de franchises que l’enseigne Ethnicia choisit de se développer. Elle lance son programme ambitieux « 100 femmes pour changer de vie », visant à recruter des franchisées, futures directrices de salons de beauté.

Hapsatou Sy en excellente commerciale, sait vendre son concept qui séduit de nombreuses femmes motivées, courageuses, volontaires et pleines d’espoir, malgré les parcours difficiles de certaines. Des franchisées sont recrutées un peu partout en France. Chacune réunit les fonds, trouve un local, paye le droit d’entrée et ouvre son salon Ethnicia.

Sauf que comme dans toute aventure entreupreunariale, le risque n’est jamais loin. Les premiers couacs apparaissent : chiffre d’affaire inférieur aux prévisions, problèmes de trésoreries, ruptures de stocks, divergences entre franchiseur et franchisées, etc… Face aux difficultés de la franchise, des franchisées se mettent à fermer ou à quitter le réseau.

Aujourd’hui, certaines ces femmes se retrouvent dans des situations humainement, psychologiquement et financièrement difficiles. Elles auraient entamé une procédure judiciaire envers la fondatrice et sa société pour demander réparations. Certaines d’entre elles se sont réunies sur Facebook et ont créé un groupe dénommé « 100 femmes ont décidé de sauver leur vie« .

Que reprochent les (anciennes) franchisées réunies sous le collectif « 100 femmes ont décidé de sauver leur vie » ?

La personnalité et les méthodes de management de la direction seraient en cause d’après le témoignage d’anciennes franchisées. Son ambition personnelle l’aurait poussé à une croissance démesurée du réseau au-delà de la normale et fait peser sur le réseau de lourds risques financiers à travers ses investissements. Par ailleurs, d’autres décisions prises ne faisaient pas l’unannimité (comme le changement de nom de l’enseigne d’ « Ethnicia » en « Hapsatou Sy »).

D’autre part certaines l’auraient eu mauvaise en ouvrant les yeux (trop tard peut être) et en réalisant l’ampleur des pertes en cas d’échec. En effet, une boutique qui rencontre des difficultés peut être saisie et placée en liquidation judiciaire. Le fond de commerce peut être alors rachetée à 1€ symbolique au tribunal du commerce. Ce rachat se fait souvent par le franchiseur qui s’il en a les moyens, peut récupérer le fond de commerce, y injecter des liquidités pour redresser le commerce et ensuite refaire payer de nouveaux franchisés un droit d’entrée. En clair, certaines franchisées peuvent sans grand difficultés être jetées hors de leur propre boutique. Sachant que ces dernières ont trouvé le local, investi leurs économies personnelles pour les travaux, le mobilier et le droit d’entré…on peut les comprendre.

Comme on le constate des conflits d’intérêts surgissent parfois entre le franchisé et le franchiseur. Le franchisé est intéressé, dans de telles situations, à protéger ses intérêts personnels, alors que le franchiseur souhaite protéger les intérêts du réseau tout entier. Un tel conflit est susceptible de se produire lorsque les directeurs du réseau craignent qu’un franchisé entrave le réseau ou ne réponde pas à ses exigences. Ce qui a visiblement été le cas pour Hapsatou et ses ex-franchisées.

Le fonctionnement défectueux de certains franchisés du réseau est susceptible de causer un préjudice à la réputation de la marque et aux autres franchisés qui travaillent avec le réseau. Du coup, le franchiseur se sentant menacé par une franchise, peux user de moyens en son pouvoir pour pousser un franchisé dehors.

Le contrat les liant limitant l’indépendance de la franchisée, elle est la plupart du temps obligée d’agir selon les procédures du réseau sans pouvoir les modifier, même si elle n’est pas d’accord avec ces dernières.

D’après une révélation faite par le canard enchainé, l’entreprise d’Hapsatou Sy devrait aussi de l’argent au fisc et à certains fournisseurs. Une d’entre elles, témoigne également sur facebook. Ethnicia aurait passé une commande de produis cosmétiques et outils de communication (plv sur mesure), sac, testeurs… pour le réseau (14 boutiques). Commande livrée dans les boutiques ethnicia mais jamais réglée et pour cause. Alors, la direction d’Ethnicia au moment de la commande savait-elle qu’elle ne pourrait pas régler cette dernière (compte tenu de ses difficultés) comme le suppose le fournisseur ? Seule la justice tranchera.

De son coté, Hapsatou qui s’est déjà fendue d’un communiqué de presse et d’une note sur son blog préfère ne pas répondre publiquement à ces accusations. On peut y lire à demi-mots l’accusation d’inexpérience de certaines franchisées ayant nui à la qualité du service et à l’image de la marque. Mais Hapsatou Elle-même le reconnait : son projet de recruter et former des femmes était ambitieux et elle a sous-estimé le temps et l’énergie nécessaire à tout cela.

Que se passera t’il pour les salons Hapsatou Sy

En lisant le post d’Hapsatou ce matin, quelques réflexions me sont venues viennent à l’esprit:

– Business et Social ne font pas bon ménage.

« Deux choses n’apparaissent pas au bilan d’une entreprise, sa réputation et ses hommes ». Cette citation est l’œuvre d’Henri Ford. L’industriel, à son époque, avait déjà bien conscience que la réputation fait partie intégrante du patrimoine d’une entreprise, d’une marque. Constat d’autant plus vrai que  l’a appris Hapsatou à ses dépends. L’idée d’aider 100 jeunes femmes à « partir de pas grand chose pour devenir chef d’entreprise » aussi belle soit-elle, a mis en péril la qualité de la prestation et provocant le mécontentement de nombreuses clientes. Ces couacs ont porté de graves préjudices à la marque, remettant en cause sa crédibilité sur le marché et impactant ses actions marketing à terme ainsi que ses ventes.

– Il vaut mieux être un gros poisson dans un étang qu’un petit poisson dans l’océan.

Elle évoque également ses démêlés judiciaires avec l’assureur Generali, propriétaire des locaux place de l’Opéra à Paris dont Hapsatou a  obtenu le bail quelques temps. Se battre contre une multinationale qui ne manque ni de temps ni d’argent, n’a rien de zen. C’est l’histoire de David contre Goliath, c’est l’histoire du pot de terre contre le pot de fer. Malgré son courage force est de constater qu’elle omet une chose essentielle dans tout business. Je ne parlerais même pas d’omission. Peut être qu’en fait il n’en existe tout simplement pas. Elle n’aura fait qu’une faute mais de taille. Etre …SEULE. En affaires, jamais aucune réussite ne s’est faite individuellement, sans groupe et /ou réseau d’influence derrière. La vraie protection contre toutes ces embrouilles, est la menace d’un groupe d’individus puissants, constitués ou existant depuis belle lurette, connus et pratiquant une dissuasion quasi… mafieuse. Derrière Ethnica il n’y a rien, ni personne à ma connaissance. Juste une jeune femme plein de rêves et courageuse.

Persuadée qu’elle arrivera à redresser la barre en bon capitaine de navire, Hapsatou Sy se donne pour objectif de restructurer sa société et « d’amener ses 13 salons à la rentabilité ‘ici la fin de l’année». On ne peut qu’admirer cette énergie, cette combativité caractéristique des véritables entrepreneurs et  lui souhaiter tout le succès dans son aventure contre vents et marées.

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AUTEUR: Neo
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1 Commentaire pour “Pourquoi Ethnicia, la franchise d’espaces beautés créée par Hapsatou Sy, est en difficulté financière?”

  1. Coupe de cheveux (1 Commentaires)

    C’est bien dommage, et c’est une bien triste nouvelle pour cette entrepreneur qui est un modèle pour de nombreux jeunes. Après, rien n’est plié, connaissant la volonté et le talent d’Hapsatou, elle va rebondir et remettre la chaîne à flot. Affaire à suivre donc… 🙂

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