La menace du stéréotype : comment les clichés conditionnent les performances d’un individu

Posté par le 19 juillet 2013. inséré dans A la Une, Emploi et carrières, Races et minorites.

students-taking-test

La menace du stéréotype peut être présentée comme une diminution de la performance d’un individu qui serait impliqué dans un domaine bien spécifique, et ce lorsqu’il risque de confirmer un stéréotype négatif ciblant son groupe d’appartenance. C’est un concept qui démontre l’idée qu’un stéréotype négatif est handicapant dans le sens où la peur de le confirmer, provoque une baisse des performances dans le domaine concerné. Cette diminution de performance conduirait ensuite à rendre le stéréotype plus vrai aux yeux de tous. Par exemple, une femme qui passe l’examen du permis de conduire pourrait voir ses performances réelles altérées à cause du préjugé selon lequel les femmes ont des capacités au volant inférieures à celles des hommes. En d’autres termes, la peur de confirmer le stéréotype ajoute un stress supplémentaire à la femme, susceptible de faire baisser encore plus son score.

Ce phénomène a été mis en évidence par deux chercheurs américains, C. Steele(en) et J. Aronson(en) en 1995. Ceux-ci s’intéressaient aux causes de l’échec scolaire des minorités ethniques telles que les Afro-Américains. En effet, il existe aux États-Unis (pas seulement) un stéréotype selon lequel les Afro-Américains seraient globalement moins intelligents et réussiraient moins à l’école que les Blancs. Steele et Aronson se sont dès lors intéressés à l’impact que ce cliché pouvait avoir sur la performance intellectuelle des étudiants noirs brillants. Lors d’une expérience ils ont soumis à des étudiants américains(blancs et noirs) issus d’universités prestigieuses plusieurs exercices verbaux difficiles. Les étudiants étaient répartis dans deux groupes différents. Dans le premier, il leur était annoncé que le test avait pour but de mesurer leur niveau d’intelligence alors que, dans la seconde, le but annoncé de l’expérience était d’étudier les facteurs psychologiques impliqués dans la résolution de problèmes verbaux. Les résultats ont montré que la performance des étudiants noirs était inférieure lorsqu’ils pensaient que c’était leurs capacités intellectuelles comparées aux blancs qui étaient mesurées.

Les résultats obtenus aux autres tests confirment cette hypothèse : lorsque le stéréotype des « noirs moins intelligents » est brandi, les résultats des élèves noirs au test sont plus faibles que ceux des élèves blancs. Lorsque aucune mention du stéréotype n’est faite, les résultats au test sont similaires indifféremment de l’origine ou la couleur de peau. Au fond, ce serait donc bien la pression psychologique relative à l’existence d’un stéréotype qui influerait sur les performances des individus interrogés.

La même expérience a été reproduite par de nombreux chercheurs sur divers sujets, dans divers groupes et dans divers contextes, avec à chaque fois le même résultat : Le stéréotype de l’infériorité des femmes en maths, celui de la faible intelligence des enfants issus des milieux défavorisés face à ceux des milieux aisés, celui de la faible performance athlétique des blancs face aux noirs, celui de la faible sensibilité sociale et affective des hommes, celui de la fainéantise des chômeurs, etc. Des chercheurs sont même allé plus loin en associant des clichés. Ils ont comparé par exemple les performances au golf d’étudiants blancs et noirs dans deux contextes différents. Ces étudiants étaient tous des sportifs appartenant à l’élite athlétique des différentes universités. Dans un cas, l’exercice mené lors d’une partie était présenté comme un test mesurant le degré d’influence des aptitudes athlétiques « naturelles ». Dans l’autre, il était présenté comme un test mesurant des l’aptitude à élaborer des stratégies « intelligentes » durant une partie de match. Ces expériences ont montré que les Noirs obtenaient de meilleures scores lorsqu’ils pensaient que seules leurs aptitudes athlétiques naturelles était évaluées alors que la performance des Blancs était meilleure lorsqu’ils pensaient que leur intelligence sportive était évaluée.

Ces résultats montrent donc que quand un groupe fait l’objet d’un stéréotype négatif dans un domaine, les performances de ses membres dans le domaine en question sont altérées, en particulier quand le stéréotype est « activé ». Ce phénomène nommé « menace du stéréotype » est une anxiété perturbatrice, qu’éprouveraient les membres d’un groupe cible face à un stéréotype qu’ils auraient peur de confirmer.

Ce phénomène permet d’expliquer comment un groupe ayant une mauvaise réputation va adopter un comportement, qui validera le stéréotype aux yeux des autres. C’est ainsi qu’un jeune perçu comme une racaille aura plus facilement tendance à ce comporter en racaille. Ce mécanisme pervers permet un maintien des inégalités, et entretien certains clichés qui ont la peau dure.

En conclusion menace du stéréotype est très répandue, et touche surtout les personnes pour qui la performance est importante pour l’estime de soi. Les facteurs contextuels étant importants, le contexte peut donc permettre de réduire l’impact négatif des stéréotypes présents à l’esprit.

I'm just a African Entrepreneur, Economist & Businessman. My personal mission statement: build an empire, aspire to inspire, leave a legacy, and change the world.
AUTEUR: Neo
Neo a publié 145 articles sur Angazamag. Voir tous ses articles.
Le profil de Neo | Son blog | Twitter | Facebook

Abonnez-vous et Recevez chaque nouvel article par mail!

Répondre

Déjà membre? Se connecter avant de commenter.

Pas encore membre? Pourquoi ne pas vous inscrire afin de vous joindre à d'autres et mieux participer aux discussions sur AngazaMag (facultatif).

Rejoignez la communauté Angazamag

Participez à l’aventure Angazamag

Les mieux notés

Galerie photo

Videos

TOP CONTRIBUTEURS CE MOIS

Andouille
1 comment
lilou
1 comment
Ettezus
1 comment
Julien
1 comment
Louise
1 comment
Thomas legros
1 comment
Connexion | Conçu par Neo |