Le guide de l’humanitaire, ou comment mieux aider les pauvres.


J’ai reçu une question d’une lectrice de mon blog, qui me demandait mon avis sur les organisations caritatives occidentales travaillant en Afrique, et sur l’aide humanitaire qu’on peut apporter à l’Afrique en général. Au lieu de lui répondre directement, j’ai eu l’idée en d’en faire un article, afin de partager plus largement mon point de vue sur ce sujet. Je vais parler spécifiquement de l’Afrique ici, mais je pense que la plupart des points que je vais énumérer peuvent s’appliquer tout aussi bien à d’autres régions du monde.

Il existe à mon avis quelques principes qu’il serait bien de considérer avant de choisir de soutenir une organisation humanitaire ou des individus qui demandent de l’aide :

DONNER POUR LES BONNES RAISONS

1. Ne pas tomber dans le piège de l’idée reçue selon laquelle l’Afrique n’est que pauvreté et misère. En réalité, c’est un continent extrêmement riche en ressources tant humaines que naturelles.

2. Ne pas s’arrêter aux images de l’Afrique véhiculée par les médias et qui n’inspirent que de la pitié lorsqu’ils parlent de l’Afrique: famines, guerres, VIH-SIDA etc …

3. Ne pas donner de l’argent Aux Africains dans le but de vous donner bonne conscience et vous sentir bien avec vous même.

4. Ne pas donner de l’argent à l’Afrique parce que vous vous sentez coupable ou redevable vis à vis du colonialisme ou de l’esclavage.

Les quatre premières assertions constituent des raisons pour lesquelles beaucoup des gens donnent à l’Afrique. Je sais que les journaux télévisées adorent présenter une Afrique qui semble se complaire dans la pauvreté et la maladie, une Afrique de la main tendue qui attends désespérément de l’aide extérieure. Ce genre d’images m’irrite tellement que je change le canal chaque fois que je tombe dessus. Non pas parce que ça me déprime, mais parce que ça me met en colère. En colère parce que ça contribue à promouvoir la nouvelle pseudo-mode du « développement durable » dont l’occident tente de nous faire croire qu’elle est absolument vitale. Tellement que chez les étudiants d’écoles de commerce, c’est devenu tendance de prendre une année sabbatique pour aller aider les éleveurs de moutons en Patagonie ou bien creuser un puits dans un village du Burkina Faso (Bah oui, avoir une expérience dans l’humanitaire sur son CV ça fait bien joli). Leur philanthropie opportuniste est arrivée à un point où le Burkina doit ressembler aujourd’hui à du gruyère, avec tous les puits qu’on y a creusés.

Ma propre philosophie c’est que tout le monde a des droits et mérite la dignité. ET c’est la seule chose dont les pauvres ont besoin : des moyens de pouvoir vivre dignement. Certaines personnes sont nées dans des situations plus chanceuses, d’autres dans des situations difficiles. Nous devons travailler ensemble pour résoudre les problèmes qui causent ces différences de situation. 

Je ne peux pas empêcher quelqu’un de faire des dons pour se donner bonne conscience, même si je sais que c’est la chose la moins efficace. La réalité est que les organismes de bienfaisance basent souvent leurs communication dessus car les gens aiment se sentir bien avec eux même. Ils veulent aider quelqu’un d’autre ; pas affronter leur propre contribution aux problèmes dont cette personne est confrontée. Il est beaucoup plus facile de signer un chèque à une ONG que de cesser d’acheter des produits fabriqués dans les pays où les droits humains ne sont pas respectés. Il est plus facile d’envoyer des dons à un orphelinat africain que de demander des comptes aux élus locaux qui trafiquent avec les dictateurs corrompus de ces pays africains. Et la plupart des gens préfèrent se sentir bien en faisant quelque chose de positif sans se donner trop de peine plutôt que faire un effort supplémentaire.

SAVOIR A QUI DONNER

5. N’oubliez pas que les gouvernements sont souvent incompétents et corrompus. Les destinataires de l’aide ne sont pas les responsables de ce qu’ils subissent.

Il convient de répéter la dernière partie de ce point: Les destinataires de l’aide ne sont pas en faute. Certaines personnes utilisent l’argument contraire pour justifier leur inaction.

Rappelle-vous qu’il y a 53 pays différents en Afrique ; et votre argent peut faire une différence significative, selon l’endroit où vous l’envoyez. Les problèmes les plus urgents ne sont pas les mêmes partout.

6. Faire des recherches sur l’organisme que vous avez choisi de soutenir avant de vous engager à un quelconque don, ou soutien.

7. Ne pas faire de chèque ou instaurer de prélèvement automatique sans avoir examiné la façon dont l’argent sera dépensé. Après tout c’est bien de votre argent qu’il s’agit. Toutes les ONG ne tiennent malheureusement pas de comptabilité claire. Ne présumez pas que vous ne pouvez pas auditer une organisation – que ce soit dans leurs bureaux ou sur le terrain.

8. Restez focalisé sur un ou deux organismes de bienfaisance, et mettez l’accent sur un domaine particulier(au choix): la santé, les nouvelles technologies, l’éducation, les droits de l’homme, le changements climatiques, le microcrédit, l’agriculture, etc. cela vous rendra plus impliqué rendra le suivi des résultats plus faciles.

Fondamentalement, faites vos recherches avant de vous donner. Assurez-vous d’appuyer une institution dont les valeurs reflètent vos propres valeurs. Les conseillers en placement financiers disent toujours d’étudier en profondeur une action avant d’y d’investir. Faites la même chose avec les organisations humanitaires !

9. Pourquoi ne pas envisager un séjour en Afrique pour voir par vous-même et vous faire des amis avant de choisir de vous impliquer ?

Ce point est peut-être le plus difficile. Ma propre expérience d’africain m’a enseigné que les choses ne sont pas du tout faciles en Afrique quand on est étranger…et blanc de surcroit. Et je ne veux pas décourager quiconque de se rendre en Afrique, mais je suis conscient de la difficulté pour les locaux d’organiser votre voyage, votre sécurité, de vous accueillir, vous héberger, etc. Allez y donc avec un objectif clair en tête : rentrer en contact avec les locaux, apprendre, vous former, vous faire une opinion, et sensibiliser les gens à votre retour chez vous. 

Je sais également que beaucoup profitent juste de leurs vacances, de leur retraite, ou de leur mal-être personnels pour faire du « tourisme » en Afrique et se renseigner sur les questions de pauvreté. J’en ai connu beaucoup comme ça. Ces gens viennent souvent en s’attendant à être le grand sauveur des communautés qu’ils visitent, en pensant qu’ils connaissent les solutions aux problèmes des pauvres. Ils veulent construire une école ou un orphelinat, etc. Toutes les lectures que j’ai faites sur ce genre de voyage montre que le résultats à long terme sont souvent limités, et ont tendance à être beaucoup plus au profit des visiteurs que des visités. 

Je ce que veux dire est qu’il ne faut pas avoir peur d’aller et de rencontrer des gens, d’apprendre plus à leur sujet tant que personnes et en tant que communauté, et de voir où un partenariat peut être développé pour permettre à cette communauté d’apporter un progrès durable, le changement à long terme. ET pour celà…

10. Ne pensez pas que vous ne pouvez pas trouver des personnes, des philanthropes et des bénévoles qui sont déjà actifs sur le terrain et avec qui vous  pouvez vous mettre en relation.

11. N’oubliez pas d’envisager de vous intéresser à l’individu plutôt qu’à la communauté. Investir du temps pour l’enseignement et la formation d’une personne afin qu’elle puisse transmettre le savoir aux autres dans sa communauté. En aidant un jeune à rentrer  l’université, vous aidez indirectement tous ceux qui profiteront plus tard de son savoir-faire. En aidant un paysan à vivre de sa récolte, vous aidez indirectement toute sa famille. Il existe des organismes fiables comme kiva.org qui vous donnent la possibilité d’aider des individus n’importe où dans le monde.

12. Enfin, le plus important, faites-vous des amis en Afrique et trouvez des partenaires et des acteurs qui peuvent vous aider à vous impliquer dans des projets en cours ou en standby faute de fonds. Il n’est pas nécessaire de réinventer la roue.

Cette dernière série de points met l’accent sur la recherche d’autres personnes travaillant déjà à explorer des solutions à des problèmes que vous tentez de résoudre. Une chose que je sais en tant qu’africain est qu’il y a de nombreux projets actuellement en cours dans de nombreux pays africains, et soutenu par de nombreuses ONG, églises, les Nations Unies, les gouvernements, les entreprises, les fondations… Alors avant de vous décider à commencer quelque chose de nouveau, assurez-vous qu’il n’y a pas déjà quelqu’un près de vous qui fait un travail similaire. De cette façon, vous n’avez pas à dupliquer ses efforts, pourrez bénéficier des erreurs qu’il a faites et surmontés, et travailler avec un projet que la communauté locale est déjà en retard. 

Dans l’ensemble, je pense que s’intéresser à son prochain est déjà un excellent point de départ pour quiconque veut agir pour changer le monde.

Neo

I'm just a African Entrepreneur, Economist & Businessman. My personal mission statement: build an empire, aspire to inspire, leave a legacy, and change the world.

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